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Loin d’être une nouveauté, ce roman publié en anglais en 1978 est considéré comme un classique par certains. Pourtant, jusqu’à ce que la jolie édition du Petit Quai Voltaire ne retienne mon attention, il m’était resté inconnu.

Une fois veuve, Florence Green s’est installée dans une petite ville de l’East Anglia, Hardborough. Elle s’ennuie un peu, et décide de transformer The Old House, un bâtiment abandonné, en librairie, mettant ainsi à profit le petit pécule que lui a laissé son mari et une expérience de libraire. Le projet est loin de faire l’unanimité dans une communauté où les traditions et l’immobilisme sont généralement la règle. Si à cette hostilité s’ajoutent quelques erreurs de gestion et de jugement, l’avenir de la librairie peut sembler hasardeux.

Encore un livre sur les livres et les libraires ! C’est en effet le fil rouge de la plupart de mes lectures estivales, comme un besoin de revenir à l’essentiel après une année gentiment chaotique.

Au-delà de la sobre couverture qui a attiré mon attention, se tenait une intrigue où l’audace le dispute au fatalisme. Le personnage de Florence Green se révèle admirable par ses choix assumés : acquérir un bâtiment dans un état peu engageant, défendre son projet en dépit des réticences évidentes de la petite élite locale, défendre sa jeune vendeuse quand elle commet des impairs, oser mettre Lolita bien en vue dans sa vitrine… Mais elle peut aussi agacer par sa naïveté crasse ou ses réactions souvent inadaptées aux difficultés apparues en travers de son chemin. Le lecteur se prend évidemment de sympathie pour cette librairie et sa propriétaire. Mais, à mesure que les embûches se succèdent, il voit la catastrophe arriver, et le dénouement inéluctable se rapprocher.

Le plus intéressant est en somme le tableau d’une petite ville anglaise de la fin des années 1950. Les travers des nantis comme des plus humbles sont soulignés avec délicatesse, autant que les plaisirs de la vie littorale anglaise. Il y a un je-ne-sais-quoi de Barbara Pym dans ce roman, dans le ton et dans le propos. L’auteur ne ménage pas ses personnages. L’intrigue semble un prétexte à dénoncer les pesanteurs d’une époque et d’un mode de vie. C’est là tout le sel de cet ouvrage qui a fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 2017 (sortie du film – qui n’a visiblement pas enthousiasmé les critiques – prévue pour décembre 2018 en France).

La libraire (The Bookshop en vo), Penelope Fitzgerald, 1978.

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