De sang royal

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Benson im Himmel ! Le mois belge entre dans sa dernière semaine et je n’ai pas encore publié un seul billet ! C’est avec un auteur devenu comme un classique dans ce salon que débutera la parenthèse belge de cette année.

Retour à Bruges, donc, où le commissaire Pieter Van In se fait du mauvais sang. Sa compagne et juge d’instruction, Hannelore, renoue avec un ancien amant. Le (plus tout) jeune galant est par ailleurs le fils d’un notable retrouvé suicidé. Les préoccupations personnelles se télescopent avec les obligations professionnelles. Rien de neuf a priori pour Van In, dont les pratiques peu orthodoxes  finissent toujours par aboutir, quelles qu’en soient les conséquences.

Dans cette aventure du commissaire expert ès Duvel, on paie encore en francs belges et on reçoit des fax. Elle fut en effet publiée au début des années 2000, mais n’a rien perdu de son intérêt. Les pressions politico-affairistes sur les actions de la police et de la justice n’ont pas disparu avec le passage à l’euro ou le développement des nouvelles technologies de communication. Les rancœurs familiales et les errements de l’âme humaine tiennent encore le haut du pavé dans les affaires criminelles.

Le lecteur habitué des romans de Pieter Aspe retrouve avec un plaisir non dissimulé le petit monde truculent qui entoure Van In, ses coups de colère et ses gueules de bois. Comme dans toute série de romans, cette familiarité avec les personnages et les lieux a quelque chose de réconfortant, qui permet d’apprécier davantage la progression de l’enquête. Ce qui retient particulièrement l’attention ici, c’est l’analyse, très critique, d’élites qui se croient autorisées à agir en toute impunité. Sous couvert d’humour, l’auteur dénonce les travers des tenants d’un pouvoir souvent ridicule, alors que les véritables décisionnaires savent se montrer plus mesurés.

Des retrouvailles littéraires et des envies de week-end à Bruges, en somme.

De sang royal, Pieter Aspe, 2000.

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Notre-Dame de Partout

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NDP

Cette flèche orangée qui a cassé sur ce ciel gris d’inquiétude, ce n’était pas la marque du point de non-retour…  La France de Victor Hugo et d’Eugène Delacroix n’est plus que la France des Marc Levy et des Ben Vautier ! Et ce moment d’entrée dans la sénilité culturelle, où il est encore possible de prendre conscience du mal à venir, ce moment où l’on commence à se satisfaire de ce que l’on n’est plus, à se complaire dans ce que l’on était… Ce moment critique des peuples et des civilisations, à partir duquel on ne sait plus, ni créer ni inventer, ni même découvrir, c’est celui que nous avons manqué !

On ne nous croit bons qu’à jouer les gardiens de musée, quand nous ne sommes pas même des réparateurs, perdus devant ces objets que nous savons seulement faire fonctionner ! Nous ne sommes pas même des réparateurs car nous réparons mal, et nous avons perdu Notre-Dame sans l’excuse d’une cause terrible, ni la Grande Guerre et ses obus aveugles ni un peintre raté et sa folie de pouvoir ! Alors notre chef face au désastre a pris deux actes faibles : annuler un discours parmi d’autres, lancer une souscription de plus… Mais il est à notre image car nous avons les grands hommes que nous méritons, et les hommes politiques que nous élisons ! Alors il est facile de se demander le lendemain, d’un fauteuil plus ou moins confortable mais qui n’est pas le sien, si l’Etat n’aurait pas là un autre rôle à jouer. C’est facile mais ce n’est pas faux, comme si les missions concédées par notre nation, ses causes et ses valeurs trouvaient soudain tout leur sens autour d’une rosace…

Le fait est que Notre-Dame a brûlé, et que nous en sommes presque à compter ce qu’il reste à côté ! On compte ce que l’on a déjà commencé à donner, comme si ce qui était parti avait un prix, on compte les reliques sauvées et les œuvres perdues… On compte les années qu’il faudra en comparant à celles qu’il a fallu, on compte en croyant à la raison contre la douleur, en pensant qu’elle sera notre bâton de vieillesse pour le temps qu’il nous reste ! Mais le temps est peut-être venu d’avouer, de vendre ou de confier, dans l’espoir incertain que d’autres feront mieux…

Les âmes englouties

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En quittant Göteborg, Nathalie a pour but de poursuivre ses recherches sur les tourbières, auxquelles est dédiée sa thèse. Elle connaît bien la région où elle va s’installer car c’est là qu’ont eu lieu les événements qui, une dizaine d’années plus tôt, ont transformé sa vie. Si elle s’attendait au reflux des souvenirs, elle n’imaginait pas affronter des fantômes autres que ceux de son passé.

C’est indéniable, les romans policiers scandinaves ont un je-ne-sais-quoi très reconnaissable qui leur garantit un succès certain depuis quelques années. Et celui-ci, le premier de l’auteur, n’échappe pas à la règle.

Le lecteur avisé retrouve des ingrédients bien spécifiques au polar venu du Nord, comme la place de la nature et la relation des personnages à leur environnement (en l’occurrence celui des tourbières ici), mais aussi une forme de spleen chez les héros, des drames et des secrets familiaux ou encore un style paisible, qui laisse tranquillement monter le suspens. Susanne Jansson maîtrise à la perfection ces éléments, et elle y ajoute une pincée de fantastique qui pimente le tout.

L’intrigue est finement construite : le lecteur se laisse emporter par une enquête où la police, quoique présente, reste en marge, laissant œuvrer une jeune scientifique et une photographe. Ce faisant, Susanne Jansson s’épargne la banalité d’une investigation purement policière et intègre une approche plus sensible et artistique. Le dénouement est particulièrement bien amené. Même si les habitués de ce genre de littérature auront assez vite quelques indices sur les causes et les auteurs des disparitions, on peut gager que la plupart des lecteurs se laissera surprendre.

Les âmes englouties sont en somme un polar de bonne facture, qui se lit avec aisance et plaisir.

Les âmes englouties, Susanne Jansson, 2014.

Maîtres et esclaves

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Naître dans les prémices d’un régime politique n’est pas nécessairement de bon augure. La destinée de Tian Kewei (né en 1950, dans une province reculée en bordure d’Himalaya) et celle de la toute jeune République populaire de Chine sont intimement liées dans l’intrigue joliment ficelée par Paul Greveillac. Il retrace, dans un style d’une élégance et d’une complexité peu comparables à celles des auteurs à la mode, la vie d’un jeune homme issu d’une famille considérée comme droitière mais gravissant néanmoins les échelons de la société communiste.

Ce personnage principal est pourtant doté d’un caractère si falot et d’une intelligence si limitée qu’on ne peut l’appeler héros. Il semble subir sa vie plus qu’il n’en choisit les étapes, son seul atout étant son intérêt pour le dessin et la peinture. Autour de lui, les personnages secondaires constituent une riche galerie, où hommes et femmes agissent avec plus de courage et de noblesse que le pauvre Kewei – ce qui les conduit inévitablement à une fin dramatique. Le meilleur ami du peintre et son fils sont ainsi sacrifiés aux passions de leur époque.

Ces choix amènent à penser que le héros du roman n’est pas tant Kewei que la Chine communiste, parcourue de soubresauts au rythme des réformes voulues par Mao et ses successeurs. Difficile de se passionner pour un personnage aussi inconsistant, tandis que les différents épisodes de l’histoire chinoise contemporaine offrent mille rebondissements, des drames et des espoirs. Le tableau de la Chine maoïste que peint l’auteur est minutieux et vraisemblable à tous points de vue. Les évolutions politiques et sociales sont rendues avec finesse et permettent au néophyte de se familiariser avec l’histoire de la République populaire. Quant à faire de Kewei un artiste, cela propose une entrée aussi originale que représentative dans les évolutions idéologiques. Jolie mise en abyme que cette double approche via l’art des remous historiques. Et mise en bouche sans doute, avant une exploration de la bibliographie de Paul Greveillac.

Maîtres et esclaves, Paul Greveillac, 2018.

Le retour du mois belge

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Comme chaque année depuis 6 ans, avril est placé sous le signe de la Belgique, pays cher à mon coeur s’il en est. Ce sera l’occasion, entre deux lectures pour le prix ELLE, de lire belge.

Anne propose quelques rendez-vous pour des lectures sur des thèmes ou des auteurs communs. Je pense en honorer plusieurs – ma PAL se prépare gentiment…

Avis aux amateurs !

Anatomie d’un scandale

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Il est rare que Kate Woodcroft se laisse impressionner. Elle est une avocate de renom, encline à défendre la veuve et l’orphelin, même quand leur cause semble perdue d’avance. Lorsqu’arrive entre ses mains une affaire de viol mettant en cause un homme politique très en vue – James Whitehouse -, elle n’a aucune hésitation. Nul autre qu’elle ne saurait conduire cette affaire avec plus de conviction.

Bien que l’intrigue soit pure fiction, le roman de Sarah Vaughan a des accents très réalistes. En choisissant comme point central du scandale la question du consentement, l’auteur apporte, à sa manière, une pierre supplémentaire à l’édifice MeToo. De tous les points de vue narratifs proposés, ce sont ceux des personnages féminins qui sont les plus nombreux. On inverse, pour une fois, le rapport de forces, celui qui donne, dans la vie de tous les jours, davantage de poids à la parole des hommes qu’à celle des femmes. Pourtant le dénouement de l’histoire n’est pas particulièrement optimiste, d’autant qu’il est sans doute l’élément le plus vraisemblable du roman.

On pourrait en effet reprocher une accumulation de coïncidences (le scandale tombe un peu aisément entre les mains de l’avocate qui y tient le plus ; le fait que la plupart des protagonistes aient des souvenirs et des expériences en commun est un peu too much) et de rebondissements ou dévoilements (notamment à propos du personnage principal) gentiment grossiers. Un peu plus de subtilité aurait été largement profitable à un roman dont le sujet reste néanmoins pertinent.

D’ailleurs le scandale ne se cantonne pas nécessairement à celui qui est dénoncé dans le procès qui occupe l’essentiel du roman. Le plus scandaleux est sans doute l’impunité dont bénéficient les puissants, à l’université où ils se permettent des comportements de goujats au nom de la tradition, comme en politique. Quels que soient les lois ou les efforts des procureurs comme des journalistes, certains semblent toujours parvenir à passer entre les mailles du filet. C’est dans cette réflexion, noyée dans le récit du travail judiciaire, qui me semble l’aspect le plus incisif, celui qui justifie vraiment la lecture de ce roman judiciaire plutôt bien construit.

Anatomie d’un scandale, Sarah Vaughan, 2018.

Une maison parmi les arbres

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Morty Lear vient de mourir. Cet auteur de livres pour enfants laisse derrière lui la gestion de ses œuvres, une collection d’objets inspirés d’Alice au pays des merveilles et une maison dans le Connecticut. Tomasina Daulair, son assistante / dame de compagnie hérite de l’ensemble, ainsi que d’un projet de biopic sur Morty, qui conduit l’acteur vedette à explorer le passé du défunt.

Qu’il est plaisant de se plonger dans un roman où la préoccupation première n’est pas une intrigue menée tambour battant avec une avalanche de péripéties ! Comme Morty Lear s’est installé dans sa maison parmi les arbres pour y trouver le calme, le lecteur peut s’installer tranquillement dans un roman paisible où comptent d’abord les personnages. Il  les regarde vivre, réagir aux événements, en particulier la mort de Morty qui bouscule bien des équilibres.

Julia Glass propose une réflexion sur le sens de la vie et, pour ce faire, elle impose un rythme nécessairement lent. Elle dessine le parcours de personnages aux origines et aux ambitions différentes, de l’enfance à l’âge adulte, voire la maturité pour certains. L’influence de la famille, les choix conscients ou contraints guident chacun des protagonistes du roman. En filigrane apparaît aussi le tableau d’une époque, où la jeunesse et l’originalité à tout crin sont davantage récompensées que l’expérience ou la pondération.

Le contexte de l’intrigue, à savoir le petit monde des écrivains et de ceux qui les accompagnent, crée un écho avec certains romans de Paul Auster. Le pouvoir des mots et des livres, les liens avec le public et la question de la postérité d’un auteur sont en effet des thèmes communs. Mais le style de Julia Glass se distingue par une plus grande légèreté, une forme subtile d’optimisme qui fait de la lecture de son roman une parenthèse enchantée.

Une maison parmi les arbres, Julia Glass, 2018.

Edmonde

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Un personnage atypique et une époque (l’entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale) qui fait toujours recette : cet hommage à la jeunesse d’Edmonde Charles-Roux a tout d’un portrait classique, destiné à plaire. Entre recherches documentaires et ajouts fictionnels pour remplir les blancs de l’histoire, cet Edmonde est une manière de reconstitution historique, où les faits sont scellés élégamment d’un ciment littéraire de qualité.

Si le propos n’est pas en soi d’une grande originalité, l’ouvrage a le mérite de se lire avec plaisir. Le style est élégant, parsemé de pointes d’humour. L’admiration de l’auteur pour son personnage est palpable. Derrière l’écrivain se tient une femme sensible et sensée, qui ne s’appesantit pas sur ses états d’âme. Les émotions tiennent néanmoins une place importante dans ce récit, mais sans jamais basculer dans le sentimentalisme ou le pathos. Le deuil d’Edmonde Charles-Roux, à qui son amour de jeunesse est enlevé brutalement, est mis en scène avec retenue et dignité. Dans son combat pour venir en aide à sa sœur autant que dans ses emportements contre un supérieur irritant se lisent une volonté sans faille et un attachement à des valeurs inculquées par une famille républicaine convaincue.

Entre les extraits de lettres empruntées à la correspondance d’Edmonde Charles-Roux et le récit, point de solution de continuité. Un portrait réussi, en somme.

Edmonde, Dominique de Saint-Pern, 2019.

9 ans

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Un mois de février bien chargé professionnellement et personnellement a eu raison de l’activité de ce salon. C’est donc silencieusement qu’il a fêté, voici quelques jours, ses 9 années d’existence, plus ou moins féconde.

Avant le retour des billets de lecture – dès la semaine prochaine -, un aperçu de mon alibi pour ces derniers jours…