Mission à Haut-Brion – Le sang de la vigne, tome 1

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Après avoir découvert et beaucoup apprécié le travail de Jean-Pierre Alaux sur les romans ayant pour héros le conservateur Séraphin Cantarel, j’avais bien envie de me lancer dans la lecture de ceux qui ont davantage fait connaître l’auteur, à savoir la série intitulée « Le sang de la vigne ».

Benjamin Cooker est un oenologue réputé, cinquantenaire fringant et amateur d’antiquités. Il vient tout juste de recruter un assistant (Virgile Lanssien), quand un de ses amis viticulteurs fait appel à lui pour une question de vin gâché par des levures malfaisantes. Ni une, ni deux, Cooker s’emploie à sauver la production d’un des plus fameux crus du bordelais. Amis, employés et même ses connaissances dans le domaine des Antiquités sont réquisitionnés pour trouver une solution.

S’il n’y a pas à proprement parler d’enquête, Benjamin Cooker fouine de ci de là, fait appel à des amis spécialistes dans divers domaines, et finit par faire arrêter un coupable. Ce schéma donne du rythme au roman, qui se lit très facilement. Plus que les investigations du personnage principal, ce qui a retenu mon attention est, comme dans les autres romans d’Alaux, un intérêt pour le patrimoine. Il est évidemment question du vignoble et de son histoire, mais aussi de la cité Frugès réalisée par Le Corbusier à Pessac, dont je ne connaissais pas l’existence et que, désormais, je suis curieuse de visiter. Les références historiques sont amenées assez finement et ne ralentissent pas l’histoire. Le tout est écrit de manière enlevée, avec une pointe d’humour de temps à autre.

D’aucuns connaissent sans doute la série télévisée tirée de ces romans, ce qui n’est pas encore mon cas. Si l’occasion se présente, peut-être oserai-je voir ce que Pierre Arditi a fait du personnage de Benjamin Cooker, rebaptisé Benjamin Lebel pour l’occasion. Mais il est certain que la lecture de cette série de romans (25 titres pour l’heure !) ne fait que commencer…

Mission à Haut-Brion, Jean-Pierre Alaux et Noël Balen, 2004.

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Voyages immobiles de l’été : guide et récits, de Bruxelles à Pékin

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Parmi mes lectures estivales favorites se trouvent les récits de voyage. Faute de partir beaucoup et/ou loin, j’apprécie de (re)découvrir villes et contrées plus ou moins exotiques. Cette année n’a pas fait exception : trois titres ont retenu mon attention.

Le premier de ces ouvrages est un guide Lonely Planet un peu ancien, qui avait déjà attiré mon attention lors de sa sortie. Il rassemble 8 itinéraires dans Bruxelles, où l’accent est mis sur l’histoire des quartiers et des paysages, sur les évolutions urbanistiques, sur ce qu’on peut encore voir et sur ce qui a disparu aussi. La particularité de ce guide est de ne contenir aucune photo : toutes les illustrations sont réalisées par François Schuiten. En noir et blanc comme en couleur, elles sont très réussies et offrent des paysages anciens, actuels ou rêvés de Bruxelles. La ville m’est assez familière, et cette lecture a fait émerger des souvenirs ainsi qu’une liste de visites à réaliser lors d’un prochain séjour.

Une approche vraiment plaisante de Bruxelles.

Bruxelles. Itinéraires., Christine Coste et François Schuiten, 2010.

La deuxième étape de ce voyage de papier m’a conduite à Istanbul, que raconte Sébastien de Courtois. Installé sur les rives du Bosphore pour des raisons professionnelles (il travaille notamment pour France Culture), l’auteur décrit la ville, ses habitants et ses alentours. On parcourt les différents quartiers de la métropole, on s’invite à la table de Stambouliotes comme d’expatriés européens, et, en filigrane, s’esquisse une histoire d’amour. Des références littéraires à foison, des rappels historiques précis sans être trop érudits, de jolies impressions, et point de jugement (même quand il est question de l’occupation de Taksim), le tout écrit avec une élégance qui donne envie de poursuivre la découverte de l’auteur.

Un thé à Istanbul. Récit d’une ville., Sébastien de Courtois, 2014.

Enfin, direction la Chine intérieure, en compagnie de Luc Richard. Pendant plusieurs semaines, ce journaliste vivant à Pékin se laisse entraîner dans un périple dans l’Ouest de la Chine, accompagné d’un camarade français et de deux Chinois. Le long de routes peu engageantes, dans des hôtels et des gargotes pas toujours bien famés, il multiplie les rencontres et les expériences inattendues. Il parcourt ainsi le Sichuan, le Yunnan, le Tibet et le Xinjiang, des territoires peu prisés des touristes occidentaux, voire, dans le cas du Tibet, qui leur sont en partie interdits. Ce tableau d’une Chine mal connue, loin des poncifs habituels, se lit avec plaisir, d’autant qu’il s’agit d’un des premiers textes de Luc Richard, qui ne maîtrise pas encore le chinois, ni ne connaît bien le pays. Son regard n’est pas celui d’un expert, mais fait penser à celui des explorateurs, souvent bien maladroits et facilement impressionnables.

Voyage à travers la Chine interdite, Luc Richard, 2003.

Comme une gazelle apprivoisée

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Depuis deux ans, lors du mois anglais, les billets de Keisha sur les romans de Barbara Pym titillent ma curiosité. Il était temps de faire connaissance avec cet auteur et son petit monde so fifties. Grâce au réseau départemental des bibliothèques, une édition antédiluvienne au papier bien jauni m’a permis de découvrir les soeurs Bede et leurs obsessions surannées.

Dans une paroisse de campagne, l’arrivée d’un nouveau vicaire, suivie de la visite d’un bibliothécaire assez renommé puis de celle d’un évêque africain suffisent à mettre en émoi toute une petite communauté, d’ordinaire anesthésiée par les sermons un peu farfelus de l’archidiacre. Belinda et Harriet Bede, vieilles filles très préoccupées de la vie religieuse et mondaine de leur village, voient leur routine chahutée par ce défilé de messieurs. Mais, dans la campagne anglaise, tout finit toujours par retrouver sa place.

Quelle atmosphère dans ce roman, où, finalement, il ne se passe pas grand chose ! L’auteur semble beaucoup s’amuser à décrire la vie étriquée de la petite bourgeoisie rurale. On s’observe, on cancane, on échafaude des hypothèses, on se montre et on boit des litres de thé (souvent accompagné de scones, of course). Avec l’air de ne pas y toucher, au fil d’une intrigue gentillette, c’est avec un oeil exercé à l’anthropologie que Barbara Pym se moque doucettement de ces vieilles filles et du clergé de province. Et le lecteur se délecte en découvrant ce tableau acidulé. Comme je m’y attendais, je me suis laissé prendre au jeu, et il faudra à nouveau compulser le catalogue des bibliothèques du département pour mettre la main sur les romans suivants…

En bref : de retour après une longue pause

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Les tourbillons de la fin d’année scolaire, entre examens, corrections, résultats et préparation de la rentrée prochaine, puis une immersion progressive dans les vacances, avec un séjour au bord de l’océan, ont nécessité un longue pause sans billet. Pendant ces quelques semaines, j’ai simplement eu envie de lire, sans me soucier de ce qui serait chroniqué ou non, juste pour le plaisir. Des romans, des polars, quelques BD, des essais (surtout des récits de voyage) se sont succédé. Difficile de dire encore si toutes ces lectures trouveront leur place ici. A suivre, au cours des jours et semaines à venir, des billets plus réguliers.

En attendant, ma PAL fond gentiment.

Sarnia

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A Guernesey, les Le Page sont légion, et tous parents à des degrés plus ou moins proches. Ebenezer n’a quitté son île qu’une fois dans sa vie, pour assister à une rencontre sportive à Jersey. Un pied sur terre (il est maraîcher) et un en mer (il aime pêcher), il est attaché au mode de vie guernesiais, qu’il défend bec et ongles, en particulier contre les fantaisies modernes. Il ne s’est jamais marié et, voyant les membres de sa famille disparaître un à un, il se met en tête de conserver une trace de ses souvenirs et de trouver une personne digne d’être son héritier.

La vie d’Ebenezer Le Page est inventée de toutes pièces par l’auteur, et pourtant ce roman prend des airs de mémoires. Des années 1880 aux années 1960, les anecdotes familiales (et elles sont nombreuses, car les parents d’Ebenezer sont loin d’être simples) se mêlent à l’histoire de l’île. Bourru, têtu mais honnête au fond, Ebenezer est un personnage atypique (pour reprendre le sabir des agents immobiliers), qui ne mâche pas ses mots, surtout quand il s’agit de défendre son île. Le lecteur apprend vite à l’apprécier, à sourire de ses exagérations. Et les quelque six cents pages qui racontent sa vie passent sans qu’on s’en rende compte.

C’est sur le conseil d’Hugo Boris (venu rencontrer certains de mes élèves) que j’ai lu ce roman. Et j’ai pu, chemin faisant, vérifier ce qui, dans ses propos, avait achevé de me convaincre de le lire : il fait partie de ces livres pour lesquels on envie ceux qui, ne l’ayant pas lu, ont encore devant eux le plaisir de le découvrir.

Sarnia, Gerald B. Edwards, 1981.

Agatha Raisin and the Walkers of Dembley

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Le mois anglais a débuté depuis un moment, sans que j’aie trouvé le temps de rédiger les billets prévus (ne parlons pas des lectures communes…). Maintenant que le bac est lancé, et avant le déferlement de copies à corriger, il est grand temps d’évoquer le quatrième volume des enquêtes d’Agatha Raisin.

Piégée par son ami Roy, Agatha a été contrainte de revenir travailler à Londres, sans y trouver aucun plaisir. Sa dette réglée, elle peut retrouver son cottage et ses amis du village de Carsely. Mais à peine est-elle rentrée qu’une voisine fait appel à elle pour aider sa nièce, empêtrée dans une sombre affaire : une randonneuse a été assassinée dans un village voisin. Ni une ni deux, Agatha renoue avec sa manie des enquêtes, et elle y embarque James Lacey.

Ce qui est intéressant dans le personnage d’Agatha Raisin, ce sont avant tout ses imperfections. Elle s’emporte, se montre désagréable, s’agace d’un rien et se fait des films avec une facilité déconcertante. Après deux enquêtes où elle semblait s’être un peu assagie, la voici de nouveau incontrôlable, pour le plus grand plaisir du lecteur. L’intrigue est peut-être plus téléphonée qu’à l’ordinaire, mais elle s’écarte du schéma habituel, grâce à un changement de décor salutaire. Les enquêtes à Carsely ronronnaient, notamment en raison de la permanence des protagonistes. Nouveau village et nouveaux personnages permettent un renouvellement. Il ne faut pas s’attendre toutefois à une intrigue exceptionnelle. Le coupable n’est pas très difficile à découvrir.

Une lecture sympathique pour les amateurs de la série, en somme. Mais pas un chef d’oeuvre non plus.

Agatha Raisin and the Walkers of Dembley, M.C. Beaton, 1994.

Quand sort la recluse

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La publication d’un nouveau roman de Fred Vargas est un événement pour un nombre croissant de lecteurs. Il fut un temps (avant Pars vite et reviens tard) où seuls les initiés se ruaient en librairie pour découvrir les nouvelles aventures des héros fétiches de l’archéologue-écrivain. Désormais, c’est une opération de grande envergure, qui excite l’intérêt des médias de tous poils. Quand sort la recluse n’a pas échappé à ce battage et, en bonne lectrice des premiers temps (un grand merci à mon oncle qui m’a jadis fait découvrir Debout les morts), j’ai suivi le mouvement.

La recluse dont il est question est une araignée (le détail a de l’importance, car il me fallait le signaler très vite à ma soeur qui apprécie Vargas mais bien moins les bestioles à huit pattes). C’est en cherchant l’origine d’une suspecte odeur de poisson dans sa brigade que le commissaire Adamsberg la découvre sur l’écran d’un de ses inspecteurs. Une fois classée la sombre affaire d’assassinat conjugal qui lui a fait quitter les brumes d’Islande, Adamsberg concentre toute son attention sur cette recluse à qui les curieux et les amateurs attribuent trois décès en quelques semaines, à rebours de  l’avis des spécialistes. De cette étrangeté, il fait émerger une enquête clandestine où, peu à peu, ses inspecteurs s’engagent à leur tour.

Il fut un temps où les romans de Fred Vargas étaient denses, compacts (quelque 300 et 350 pages respectivement pour Debout les morts et Pars vite et reviens tard). Ils sont désormais bien plus longs (Quand sort la recluse approche les 500 pages), sans pour autant être plus riches. Il est certes plaisant de retrouver des personnages qui se sont étoffés au fil des enquêtes, de redécouvrir les petites manies des uns et des autres, les drôles d’habitudes de la brigade. Mais on regrette un peu, en tournant les pages du dernier volume, de ne pas y trouver davantage d’inventivité (notamment langagière), comme nous y avait habitués Fred Vargas. L’intrigue elle-même a un goût de réchauffé. Cette histoire de vengeance n’est pas sans rappeler celle de Pars vite et reviens tard. Le retour du préhistorien Mathias préposé aux fouilles aussi a été déjà vu. Idem pour les réticences de certains policiers à s’engager dans une enquête farfelue.

En somme, c’est un roman policier (un rompol, pour reprendre l’expression de Fred Vargas) bien construit et bien écrit. Toutefois pour les lecteurs qui connaissent bien l’auteur, c’est un petit cru. On passe un moment agréable, mais on reste, en tournant la dernière page, un peu sur sa faim.

Quand sort la recluse, Fred Vargas, 2017.

Sur les chemins noirs

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Croisé chez Keisha, aperçu sur le catalogue de la médiathèque, mais pas sur les rayonnages, et finalement trouvé à bon prix chez G***t, le dernier récit de Sylvain Tesson a éprouvé ma patience pendant un petit moment.

Point d’expédition aux confins de la Terre, cette fois. Moins que l’envie, c’est la forme qui manque à l’auteur pour entreprendre un voyage lointain. Les médias (pas très fins, comme souvent) avaient fait leurs choux gras d’une chute peu glorieuse, et les lecteurs fidèles du globe-trotteur s’inquiétaient d’être sevrés de ses récits fort bien troussés. Car, même si l’homme ne plaît pas forcément, ses textes ont un petit quelque chose en plus.

Or, un an après ses mésaventures aux conséquences plus que fâcheuses, Sylvain Tesson reprend la route. La campagne française fera office d’espace de rééducation. Depuis les pentes du Mercantour, il entreprend une traversée de la France jusqu’à La Hague, avec, comme contrainte, d’éviter autant que faire se peut les voies fréquentées pour se concentrer sur « les chemins noirs », ceux que les cartes elles-mêmes peinent à retrouver.

Tantôt seul avec ses douleurs et ses espoirs, tantôt accompagné d’amis qui viennent crapahuter un jour ou deux à ses côtés, Sylvain Tesson s’enfonce dans des territoires désertés, mais pas totalement vides. Son récit est peut-être moins fantaisiste qu’à l’habitude, mais il gagne en émotion. La description des espaces dits hyper-ruraux est réalisée avec justesse et un soupçon de mélancolie. Toutefois c’est le regard de l’auteur sur les franges urbaines et sur ceux que l’on nomme les néoruraux qui a le plus retenu mon attention de géographe. Ces passages sont courts, mais écrits avec finesse et précision. Bien des aménageurs fous ou de candides citadins seraient fort avisés de lire ces quelques paragraphes avant de se lancer dans des projets déconnectés de la réalité.

Un peu plus de cent pages, qui se lisent avec une facilité déconcertante et qui nous laissent espérer d’autres récits du sieur Tesson.

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, 2016.

Pour les petits #1

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Depuis que ma soeur a eu la bonne idée d’avoir un adorable petit garçon, j’ai une excellente excuse pour explorer les rayonnages d’albums !

Les petits mots polis sont à la fois ludiques, avec les languettes à tirer, et éducatifs. Les Minousses, de jeunes copains bien mignons, oublient parfois que certains mots facilitent la vie. Papa et Maman veillent au grain pour leur rappeler les « mots magiques ». Le système de languettes permet de demander au petit lecteur s’il sait ce que les petits héros devraient dire… Un joli album, comme savent les faire les éditions Milan.

Les petits mots polis, Alice Le Hénand et Thierry Bedouet, 2014 – 2017.

Pierre Lapin est (re)devenu un personnage en vogue. Les histoires et les dessins de Beatrix Potter continuent de séduire les petits et leurs parents. Cette mini version des aventures de Pierre, équipée d’une cordelette, peut sans nul doute occuper des enfants qui trouvent parfois le temps long en poussette. L’histoire est très courte. Une introduction à des albums plus long, une mise en bouche pour les apprentis lecteurs, en somme.

Pierre Lapin, Mon premier livre pour poussette, d’après Beatrix Potter, 2001 – 2017.