Les livres prennent soin de nous

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couvlivresprennentsoinLire sur ordonnance. Ainsi pourrait-on présenter la bibliothérapie, qui est au coeur de l’essai de Régine Detambel. Cette discipline, déjà bien ancrée aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni, fait une timide percée en France depuis les années 1990. L’auteur s’efforce d’exposer, en une quinzaine de chapitres thématiques, ses bienfaits autant que ses faiblesses et ses contradictions. Elle s’appuie  largement sur les écrits d’autres auteurs (les sources occupent six pages à la fin de l’ouvrage), auxquels elle ajoute son point de vue et son expérience personnelle.

De ce propos assez dense, on retiendra bien quelques idées, notamment que la bibliothérapie peut encore progresser car elle reste largement fondée sur la lecture d’ouvrages de développement personnel, et que la littérature y joue un rôle bien léger, au grand désespoir de l’auteur d’ailleurs. On piochera quelques citations de grands écrivains, dont le rapport aux livres est abondamment évoqué (sans trop de surprises cependant). Pour tout lecteur régulier, cet essai n’apporte toutefois pas grand chose. Il rappelle de grandes idées, voire enfonce des portes ouvertes (l’importance de la lecture avec les enfants, par exemple). Régine Detambel ne parvient pas à rendre aussi passionnante son expérience de lectrice qu’un Alberto Manguel sait le faire.

Ce livre, après une tentative de sortie l’an dernier, végétait dans ma PAL depuis sa publication. Il était temps de l’en extraire, même si ce ne fut pas une lecture aussi plaisante que je l’espérais.

Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative., Régine Detambel, 2015.

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Objectif PAL en novembre

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objectif palEn raison de préoccupations assez pratiques (des travaux en perspective, qui nécessitent un réaménagement de mon bureau et de mes bibliothèques), je me suis récemment penchée sur le contenu de ma PAL (Pile A Lire, pour les novices) mais aussi sur sa raison d’être.

Voici quelques années je me suis laissée (un peu) emporter par une frénésie d’achats liés aux billets de mes petites camarades blogueuses. Et ma PAL a pris des proportions inquiétantes. Je l’ai désherbée il y a peu (pour le plus grand bonheur d’une amie participant à un vide-grenier) et je m’efforce d’en tirer l’essentiel de mes lectures ces derniers temps.

Or, que vois-je chez Anne et Antigone ? le retour de l’objectif PAL, pour une durée réduite au mois de novembre. C’est donc un défi qui s’accommode parfaitement de mon état d’esprit actuel.

Quelques titres ont d’ores et déjà été extirpés de cette pile pour préparer l’événement. Espérons que je trouverai le temps nécessaire pour les lire et, surtout, pour rédiger les billets…

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Les délices de Tokyo

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couvdelicesdetokyoEncore un billet clin d’oeil à mes camarades cuisinières !

L’origine de cette lecture est une bande annonce, vue lors d’une sortie au cinéma avec une amie. En fouinant un peu de ci de là, j’ai appris que le film de Naomi Kawase était l’adaptation d’un roman, qui, par hasard, a croisé mon chemin dans une librairie d’occasion.

Entre voie ferrée et cerisiers, Sentarô tient une petite échoppe où il cuisine et vend des dorayaki. Cette pâtisserie à base d’an, la pâte de haricots rouges, régale les collégiennes qui s’arrêtent sur le chemin du retour, mais n’attire pas les foules. Sentarô se débrouille plutôt bien pour les pancakes, mais ses haricots confits ne sont pas exceptionnels. Tokue le lui a fait remarquer le jour où elle a demandé si elle pouvait être embauchée à ses côtés. Après bien des hésitations, Sentarô décide de faire confiance à la vieille dame, qui lui apprend comment réaliser le an. En peu de temps, ces nouveaux dorayaki remporte un succès inattendu. Tokue s’épanouit au contact des clients, et se lie d’amitié avec Wakana, une collégienne solitaire. Mais les doigts déformés de la vieille dame attirent l’attention, et une rumeur vient mettre en péril un bonheur bien fragile.

dorayakiUne intrigue poignante, des personnages atypiques qui peinent à trouver leur place dans la société contemporaine, des bonheurs simples : le roman de Durian Sukegawa réunit avec beaucoup de finesse des éléments en somme peu originaux. Mais l’ensemble fonctionne, porté par une écriture d’une grande simplicité. Pas de leçon de morale ni de happy end, ce qui sort un peu de l’ordinaire de la production romanesque. Les délices de Tokyo offrent une jolie leçon de vie, encourageant à profiter de l’instant présent, à contempler une nature généreuse.

delices_de_tokyo_dvdLe film de Naomi Kawase, fidèle au roman, le prolonge en donnant corps aux personnages. Une courte scène ajoutée à la fin apporte un soupçon d’optimisme supplémentaire. Et l’édition du DVD propose en bonus un feuillet avec la recette des dorayaki. Avis aux blogueuses cuisinières !

Va et poste une sentinelle

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couvvaetposteunesentinelleA peine avais-je refermé ce roman, emprunté en bibliothèque, que je croise maintes affiches célébrant sa sortie au format poche. Pour un peu ce billet collerait un temps soit peu avec l’actualité, ce qui devient rare dans ce salon.

Les vacances sont l’occasion pour Jean Louise Finch de quitter New York, où elle s’est installée, et de passer quelques jours dans la ville d’Alabama qui l’a vu grandir, Maycomb. Elle y retrouve son père, un peu diminué par la maladie, mais toujours l’esprit alerte, ainsi que la tante avec laquelle elle aime se chamailler et son oncle aussi érudit qu’original. Mais c’est Hank, l’ami d’enfance susceptible de devenir un époux, qui vient l’accueillir. Ce retour est une plongée dans les souvenirs d’enfance (on l’appelait « Scout » alors) en même temps qu’une redécouverte d’un Maycomb que Jean Louise pensait immuable. Car les moeurs évoluent aussi dans le Sud des Etats-Unis. Les questions raciales bouleversent l’équilibre qu’elle a connu jadis, et semblent avoir transformé ses proches.

La construction du roman semble un peu bancale, entre une première partie largement dominée par la nostalgie (et donc de nombreuses évocations de souvenirs) et une seconde où les interrogations de Jean Louise se traduisent par une succession de dialogues. La lutte pour l’obtention des droits civiques tient une place essentielle dans l’intrigue, mais elle ne s’affirme vraiment qu’à la fin du roman, quand l’héroïne découvre (ou croit découvrir) que sa famille a rallié le camp de l’intolérance. Pour tout lecteur de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, la première partie du roman a  comme intérêt les retrouvailles avec des personnages et une atmosphère déjà connus. Le personnage de Scout semble fidèle à lui-même, et ce parfum de nostalgie n’est pas désagréable. La seconde partie est, en comparaison, plus laborieuse. Les multiples discussions entre Scout et les membres de sa famille paraissent interminables, et redondantes. Que d’arguments et d’éclats de voix pour en arriver à un dénouement un tantinet décevant. Il manque à cette évocation des questions raciales de quoi s’enraciner dans la réalité (comme c’était le cas dans Ne tirez pas…). On a l’impression d’une réflexion hors sol, qui pourrait être menée par n’importe quel personnage, dans quelque lieu des Etats-Unis que ce soit.

Ce fut donc une lecture décevante, d’un roman dispensable.

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, 2015.

Les rêveries d’un gourmet solitaire

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couvreveriesdungourmetsolitaireHistoire de me mettre au diapason avec les camarades blogueuses qui consacrent leur billet du dimanche à la cuisine, c’est un manga bigrement alléchant que je propose aujourd’hui.

J’avais beaucoup apprécié Le gourmet solitaire, et c’est avec plaisir que j’ai trouvé en bibliothèque la suite des promenades gourmandes de cet homme d’affaires toujours à l’affût de bons repas. Comme dans le précédent volume, chacun des treize chapitres est indépendant et raconte, au gré des rendez-vous professionnels du personnage central, ses expériences culinaires. Les régionalismes sont particulièrement à l’honneur, mais aussi une forme d’exotisme puisque le dernier chapitre amène le héros à Paris. Le dessin est soigné, mettant en valeur les paysages urbains nippons autant que les plats dégustés.

C’est donc une suite réussie que proposent Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi. Ceux qui ont aimé le premier volume se régaleront avec celui-ci. Et ceux qui découvrent le personnage risquent de dévorer les deux très rapidement.

Les rêveries du gourmet solitaire, Taniguchi et Kusumi, 2015.

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source : site des éditions Casterman

 

Le Coiffeur de Chateaubriand

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couvcoiffeurdechateaubriandAprès avoir démontré ses talents chez Madame, Adolphe Pâques est introduit auprès de François-René de Chateaubriand, auteur qu’il vénère en secret. Il est chargé de préserver l’illusion de la coiffure de sa jeunesse : « Donner l’air ébouriffé à un grand homme qui a l’habitude de rabattre sa mèche sur le dessus du crâne, c’est un exploit. » Et non seulement le jeune Adolphe donne satisfaction au ci-devant ministre, mais il parvient aussi à devenir une sorte de confident, auquel on confie la numérotation des pages des Mémoires, ou le logement d’une jeune personne qu’il serait inconvenant de voir rue du Bac.

Pour affronter les errements (souvent administratifs…) de la rentrée, j’avais envie d’érudition mâtinée de légèreté, ce qu’on trouve toujours chez Adrien Goetz. Aucune déception lors de cette lecture. Le sujet peut sembler un peu tiré par les cheveux de prime abord, mais le roman est surtout un hommage à Chateaubriand, ainsi qu’à son coiffeur, qui a bel et bien existé et a publié ses propres mémoires en 1872. Histoire et fiction se rencontre avec habileté. Le style est vif et peu avare en jolies tournures. Au-delà de l’adulation du coiffeur pour son illustre client, l’intrigue met en lumière un étonnant jeu d’espionnage destiné à mettre la main sur les Mémoires avant que Chateaubriand ne les publie. Au terme de cette lecture, le risque est grand d’avoir envie de se précipiter au Musée de Saint-Malo où est exposée une oeuvre pour le moins surprenante : un tableau de la chambre de Chateaubriand, réalisé par Adolphe Pâques avec… des cheveux de l’auteur ! Un excellente excuse en somme pour aller passer un week-end au bord de la mer.

Le Coiffeur de Chateaubriand, Adrien Goetz, 2010.

Le reste de leur vie

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couvrestedeleurvieIls sont quatre, mais ne se connaissent pas tous. D’un côté se trouve Beth, la grand-mère à la langue bien pendue, experte en far et autre kouign-amann. Elle vit avec Ambroise, jeune thanatopracteur et, à ses heures perdues, son petit-fils. Samuel et Manelle forment le second tandem. L’une est l’aide à domicile de l’autre, et elle s’est attachée au vieil homme toujours souriant qui, chaque mois, lui réalise une appétissante forêt noire. Pour une sombre histoire de diagnostic hasardeux, tous prennent place dans un corbillard en partance pour la Suisse.

Malgré des dehors un peu tristes, l’histoire est plaisante, truffée d’humour et de petits mots bien sentis. Sans y prendre garde, le lecteur est confronté à bien des sujets délicats, en particulier, plus que la mort elle-même d’ailleurs, celui du deuil. Grâce à un style d’un naturel étonnant et à un ton léger, ce roman se lit avec une facilité déconcertante, d’une traite autant que possible. Les personnages, avec leurs défauts et leurs lubies, sont vraisemblables et attachants. On aimerait bien qu’ils nous fassent une petite place dans leur vie, ne serait-ce que pour goûter les kouignettes de Beth.

Jean-Paul Didierlaurent, toujours aussi sympathique en dédicace, ne déçoit pas avec ce second roman.

Le reste de leur vie, Jean-Paul Didierlaurent, 2016.

En bref : Le Livre sur la Place 2016

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20160911_1616201Nouvelle rupture de faisceau en raison de divers soucis. Je vais essayer de revenir progressivement animer ce salon, qui prend désespérément la poussière.

On commence en douceur avec un petit compte-rendu d’un samedi sous le signe de la lecture. Depuis plusieurs années, le Livre sur la Place, organisé à Nancy, est un passage obligé de la rentrée. 2016 n’a pas fait exception, même si le bilan est bien plus raisonnable que d’ordinaire.

Le chapiteau de la place de la Carrière étant de plus en plus encombré et les déplacements de moins en moins aisés, les objectifs de dédicaces étaient réduits. Impossible de ne pas aller (une nouvelle fois) à la rencontre de Gaëlle Josse, très accessible et ouverte à la discussion avec ses lecteurs. J’ai adoré L’ombre de nos nuits, et mon exemplaire du roman est désormais personnalisé. Quant au second incontournable, il s’agissait de Jean-Paul Didierlaurent, le régional de l’étape en quelque sorte. Le reste de leur vie est déjà en cours, sans passer par la case PAL.

couvausecoursloupDifficile aussi de séjourner à Nancy sans passer par le Hall du Livre. C’est le rayon des albums qui a été pillé consciencieusement cette fois. Nous avons, avec ma soeur, craqué pour plusieurs ouvrages de la collection Loulou et compagnie, aussi jolie que drôle. Enorme coup de coeur pour Au secours, voilà le loup ! et pour Demain, je te mangerai.

Et pour finir en beauté cette journée littéraire en famille, c’est Le grand méchant renard de Benjamin Renner qui m’a accompagnée pour le trajet du retour. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ri toute seule devant une BD…

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Kingsman : services secrets

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couvkingsmanbdCe titre n’est évidemment pas inconnu de la plupart de ceux qui passeront par ici : il s’agit en effet de celui d’un film sorti en 2014, que j’ai vu avec un peu de retard mais beaucoup de plaisir. Lors d’une visite chez G****t J***ph, mon mari a mis la main sur le volume relié de la BD éponyme. Il ne s’agit pas d’une adaptation du film, mais d’une histoire écrite en parallèle avec le scénario. Les points communs sont donc nombreux, mais les différences assez sensibles également.

Jack London est un agent secret britannique, qui rappelle très nettement James Bond – les auteurs ne cachent pas leurs sources d’inspiration. Issu d’un quartier défavorisé, il est devenu un espion de haute volée, mais pour sa famille, il n’est qu’agent de la répression des fraudes. Il n’empêche, c’est lui qu’on appelle quand son neveu Gary fait des siennes et se retrouve engeôlé. Las d’intervenir quand il est déjà trop tard, Jack propose au jeune homme de changer de vie et d’embrasser la même carrière que lui. Pendant que Gary entame sa formation, Jack enquête sur des disparitions, en particulier d’acteurs de séries télévisées et de films à grand public.

Les grandes lignes de l’intrigue de cette bande dessinée sont semblables à celles du film, avec, en particulier un magnat de la téléphonie mobile qui dérape sérieusement malgré de bonnes intentions. Les motivations des enlèvements sont toutefois différentes, et cela vaut un début d’histoire assez amusant, doublé d’un clin d’oeil à une des premières scènes du film. Les bons sentiments et les stéréotypes sont par ailleurs moins marqués dans la bande dessinée. Le dénouement, notamment la manière de contrecarrer les plans du méchant, est peut-être plus subtil. Le dessin (oeuvre de Davec Gibbons) est celui des comics américains, ce qui me convient bien mieux que certains errements actuels du roman graphique. C’est net, clair, pas trop bavard, donc efficace.

Une lecture divertissante, qui constitue un bon complément au film.

Kingsman : services secrets, Mark Millar (scénario), Dave Gibbons (dessin), Matthew Vaughn (scénario), 2015 pour le volume relié français, 2012-2013 pour les 6 numéros de la série en VO.

En bref : librairies de vacances

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Deux semaines se sont écoulées depuis le dernier billet, deux semaines placées sous le signe des vacances en famille. Cette petite pause a été l’occasion de découvrir deux librairies de la côte d’albâtre.

Encre_marineLa première, Encre marine, est située à Eu. Si cette commune de Seine-Maritime est réputée pour son château royal, les quelques rues commerçantes que nous avons arpentées n’étaient pas très vivantes. Dans un quartier un peu tristounet la devanture d’Encre marine fait immédiatement envie. L’espace n’est pas immense, mais le choix de livres, pour adultes comme pour enfants, est plutôt riche. On trouve aussi, dans une partie à l’arrière de la boutique, des jeux pour enfants. Quelques tables et fauteuils invitent à la lecture, mais aussi à la dégustation d’un thé ou d’un café.

grande_ourseLa seconde est La Grande Ourse, à Dieppe. Cette librairie-café toute jeune est à quelques minutes du front de mer, à deux pas de l’église. Ce sont les présentoirs pour cartes installés sur le trottoir qui ont retenu notre attention. Et une fois le seuil franchi, il est impossible de résister au charme des lieux. Une belle sélection de romans et d’ouvrages sur la région occupe le rez-de-chaussée, tandis que l’étage est dédié aux enfants et aux BD, mais aussi à la dégustation du thé ou café en semaine (accompagné du gâteau du jour…) et d’un déjeuner à plat unique le samedi. Non seulement la librairie est agréable, mais en plus la libraire est charmante, très à l’écoute de ses clients (même les plus petits…).

Je profite enfin de ce petit billet pour mettre à l’honneur la librairie qui me faisait rêver jadis, aux temps de ma jeunesse, à savoir Les Passeurs de Textes, installés à Troyes. La diversité de l’offre et l’intelligence de l’organisation des lieux en font un passage quasi obligé lors de mes retours en Champagne. J’y ai d’ailleurs trouvé quelques pépites à l’occasion de ma dernière visite…