Le groupe

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Voici un petit moment que la littérature jeunesse n’a pas été mise à l’honneur par ici. Une conjonction favorable m’a placé entre les mains le dernier roman du genre écrit par Jean-Philippe Blondel (que, c’est loin d’être un secret, j’apprécie grandement).

A l’initiative de la professeure de philosophie, une dizaine de lycéens choisit de se réunir chaque semaine pour un atelier d’écriture. Le maître de cérémonie, qui se plie aussi aux exercices hebdomadaires, est également professeur, et écrivain. De janvier à juin, tous écrivent. Et ils apprennent à se connaître.

Le récit se fait à plusieurs voix. Les lycéens comme les enseignants racontent leur expérience de l’atelier. Entre ces commentaires s’intercalent leurs textes. Les petits bonheurs et les blessures adolescentes s’égrainent au fil des pages, mêlés à des réflexions sur le sens de la vie. Le point de vue des adultes désacralise l’image du professeur, en fait un individu comme les autres. Il n’y a là rien de bien étonnant dans un ouvrage destiné aux adolescents, qui pourront s’identifier à l’un ou l’autre des personnages, ou prendre conscience de la place que prennent les apparences dans un lycée. Mais tout est dit avec délicatesse et pudeur, dans une belle langue, ce qui n’est pas toujours le cas en littérature jeunesse.

Jean-Philippe Blondel, comme souvent, s’est appuyé sur son expérience personnelle pour nourrir ce roman. Et, une fois encore, il n’est pas évident de démêler la réalité de la fiction, tant l’auteur maîtrise l’art de la mise en abyme.

Le groupe, Jean-Philippe Blondel, 2017.

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Un été à quatre mains

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Mon admiration pour le travail de Gaëlle Josse n’est plus un secret pour ceux et celles qui s’aventurent ici régulièrement. Impossible donc de passer à côté du moindre de ses romans.

L’été est celui de 1824, et les quatre mains celles de Franz Schubert et de sa jeune élève, Caroline Esterhazy. Affaibli par une maladie honteuse et comme gêné aux entournures par l’absence de revenus, Schubert se résout à quitter Vienne pour jouer, pendant quelques semaines, le maître de musique dans la résidence d’été de la famille Esterhazy. Si l’atmosphère un peu guindée de la gentilhommière hongroise et la compagnie de jeunes gens qui ne l’estiment guère satisfont peu le musicien, il apprécie les heures passées au piano avec la cadette de la famille, aussi réservée que talentueuse. Les mots échangés sont rares et banals, mais des mains qui se frôlent sur le clavier valent parfois un long discours.

Gaëlle Josse s’inspire d’un épisode réel de la vie de Franz Schubert, et, comme à son habitude, elle l’enjolive avec délicatesse. Elle comble les manques, sans trop en faire, pour laisser au lecteur une part d’imagination. Elle rend joliment compte d’un univers artistique, avec autant de finesse que dans Nos vies désaccordées, où la musique avait déjà sa place, ou bien L’ombre de nos nuits, où elle rend hommage à un peintre. Le texte est court, ciselé. Et une fois encore, je suis séduite par ce petit bijou, qui donne (est-ce étonnant ?) envie d’écouter Schubert en boucle pendant des jours.

Un été à quatre mains, Gaëlle Josse, 2017.

Agatha Christie, le chapitre disparu

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Après un long mois de silence, où l’envie de bloguer s’est perdue dans le tourbillon de la rentrée, voici un billet sur un roman qui me faisait de l’oeil depuis un moment. Croisé chez les camarades blogueuses comme dans la presse, cette fiction qui propose de combler un manque plus que célèbre dans la biographie d’Agatha Christie avait, sur le papier, tout pour me plaire.

En décembre 1926, Agatha Christie fait la une des journaux, non pour la publication d’un roman à succès, mais dans la rubrique des faits divers. La « reine du crime » a disparu. Sa voiture et quelques effets personnels ont été retrouvés au bord d’un étang, mais aucune trace de la jeune femme. Dix jours plus tard, elle refait surface dans une petite ville thermale du Nord, Harrogate.

Bien des théories ont été échafaudées pour comprendre ce qui était arrivé à Mrs Christie. Brigitte Kernel propose une réponse à la première personne. Agatha herself, alors qu’elle vient de terminer la rédaction de son autobiographie, dévoile les secrets de sa disparition. Si on veut résumer succinctement, il s’agit tout bonnement d’une affaire de dépit amoureux, compliquée par le chagrin lié à la perte de sa mère.

L’Agatha qui nous est proposée n’apparaît pas très futée. C’est une de ses amies qui scénarise la disparition et règle bien des détails matériels. Et quand elle est livrée à elle-même à Harrogate, celle qui se fait appeler Mrs Neele semble souvent avoir les deux pieds dans le même sabot. L’hypothèse n’est pas inintéressante, mais pour tout lecteur un peu averti, elle reste bancale. L’an passé, je me suis délectée de La romancière et l’archéologue, où Agatha Christie se révèle aussi drôle que dégourdie au fin fond de la Mésopotamie. Difficile donc de l’imaginer aussi empotée quelques années auparavant. L’auteur s’est vraisemblablement beaucoup documentée, notamment au sujet du roman paru sous pseudonyme, Loin de vous ce printemps. Il n’est pas impossible qu’un jour où j’aurais un peu de temps à perdre je n’aille vérifier les coïncidences entre le roman de Mary Westmacott et l’intrigue du chapitre disparu. En attendant, je m’en tiendrai très certainement aux romans et nouvelles de Mrs Christie, et, sans doute à d’autres romans de Brigitte Kernel dont j’ai apprécié le style (malgré une grammaire parfois malmenée…).

Agatha Christie, le chapitre disparu, Brigitte Kernel, 2016.

Mission à Haut-Brion – Le sang de la vigne, tome 1

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Après avoir découvert et beaucoup apprécié le travail de Jean-Pierre Alaux sur les romans ayant pour héros le conservateur Séraphin Cantarel, j’avais bien envie de me lancer dans la lecture de ceux qui ont davantage fait connaître l’auteur, à savoir la série intitulée « Le sang de la vigne ».

Benjamin Cooker est un oenologue réputé, cinquantenaire fringant et amateur d’antiquités. Il vient tout juste de recruter un assistant (Virgile Lanssien), quand un de ses amis viticulteurs fait appel à lui pour une question de vin gâché par des levures malfaisantes. Ni une, ni deux, Cooker s’emploie à sauver la production d’un des plus fameux crus du bordelais. Amis, employés et même ses connaissances dans le domaine des Antiquités sont réquisitionnés pour trouver une solution.

S’il n’y a pas à proprement parler d’enquête, Benjamin Cooker fouine de ci de là, fait appel à des amis spécialistes dans divers domaines, et finit par faire arrêter un coupable. Ce schéma donne du rythme au roman, qui se lit très facilement. Plus que les investigations du personnage principal, ce qui a retenu mon attention est, comme dans les autres romans d’Alaux, un intérêt pour le patrimoine. Il est évidemment question du vignoble et de son histoire, mais aussi de la cité Frugès réalisée par Le Corbusier à Pessac, dont je ne connaissais pas l’existence et que, désormais, je suis curieuse de visiter. Les références historiques sont amenées assez finement et ne ralentissent pas l’histoire. Le tout est écrit de manière enlevée, avec une pointe d’humour de temps à autre.

D’aucuns connaissent sans doute la série télévisée tirée de ces romans, ce qui n’est pas encore mon cas. Si l’occasion se présente, peut-être oserai-je voir ce que Pierre Arditi a fait du personnage de Benjamin Cooker, rebaptisé Benjamin Lebel pour l’occasion. Mais il est certain que la lecture de cette série de romans (25 titres pour l’heure !) ne fait que commencer…

Mission à Haut-Brion, Jean-Pierre Alaux et Noël Balen, 2004.

Voyages immobiles de l’été : guide et récits, de Bruxelles à Pékin

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Parmi mes lectures estivales favorites se trouvent les récits de voyage. Faute de partir beaucoup et/ou loin, j’apprécie de (re)découvrir villes et contrées plus ou moins exotiques. Cette année n’a pas fait exception : trois titres ont retenu mon attention.

Le premier de ces ouvrages est un guide Lonely Planet un peu ancien, qui avait déjà attiré mon attention lors de sa sortie. Il rassemble 8 itinéraires dans Bruxelles, où l’accent est mis sur l’histoire des quartiers et des paysages, sur les évolutions urbanistiques, sur ce qu’on peut encore voir et sur ce qui a disparu aussi. La particularité de ce guide est de ne contenir aucune photo : toutes les illustrations sont réalisées par François Schuiten. En noir et blanc comme en couleur, elles sont très réussies et offrent des paysages anciens, actuels ou rêvés de Bruxelles. La ville m’est assez familière, et cette lecture a fait émerger des souvenirs ainsi qu’une liste de visites à réaliser lors d’un prochain séjour.

Une approche vraiment plaisante de Bruxelles.

Bruxelles. Itinéraires., Christine Coste et François Schuiten, 2010.

La deuxième étape de ce voyage de papier m’a conduite à Istanbul, que raconte Sébastien de Courtois. Installé sur les rives du Bosphore pour des raisons professionnelles (il travaille notamment pour France Culture), l’auteur décrit la ville, ses habitants et ses alentours. On parcourt les différents quartiers de la métropole, on s’invite à la table de Stambouliotes comme d’expatriés européens, et, en filigrane, s’esquisse une histoire d’amour. Des références littéraires à foison, des rappels historiques précis sans être trop érudits, de jolies impressions, et point de jugement (même quand il est question de l’occupation de Taksim), le tout écrit avec une élégance qui donne envie de poursuivre la découverte de l’auteur.

Un thé à Istanbul. Récit d’une ville., Sébastien de Courtois, 2014.

Enfin, direction la Chine intérieure, en compagnie de Luc Richard. Pendant plusieurs semaines, ce journaliste vivant à Pékin se laisse entraîner dans un périple dans l’Ouest de la Chine, accompagné d’un camarade français et de deux Chinois. Le long de routes peu engageantes, dans des hôtels et des gargotes pas toujours bien famés, il multiplie les rencontres et les expériences inattendues. Il parcourt ainsi le Sichuan, le Yunnan, le Tibet et le Xinjiang, des territoires peu prisés des touristes occidentaux, voire, dans le cas du Tibet, qui leur sont en partie interdits. Ce tableau d’une Chine mal connue, loin des poncifs habituels, se lit avec plaisir, d’autant qu’il s’agit d’un des premiers textes de Luc Richard, qui ne maîtrise pas encore le chinois, ni ne connaît bien le pays. Son regard n’est pas celui d’un expert, mais fait penser à celui des explorateurs, souvent bien maladroits et facilement impressionnables.

Voyage à travers la Chine interdite, Luc Richard, 2003.

Comme une gazelle apprivoisée

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Depuis deux ans, lors du mois anglais, les billets de Keisha sur les romans de Barbara Pym titillent ma curiosité. Il était temps de faire connaissance avec cet auteur et son petit monde so fifties. Grâce au réseau départemental des bibliothèques, une édition antédiluvienne au papier bien jauni m’a permis de découvrir les soeurs Bede et leurs obsessions surannées.

Dans une paroisse de campagne, l’arrivée d’un nouveau vicaire, suivie de la visite d’un bibliothécaire assez renommé puis de celle d’un évêque africain suffisent à mettre en émoi toute une petite communauté, d’ordinaire anesthésiée par les sermons un peu farfelus de l’archidiacre. Belinda et Harriet Bede, vieilles filles très préoccupées de la vie religieuse et mondaine de leur village, voient leur routine chahutée par ce défilé de messieurs. Mais, dans la campagne anglaise, tout finit toujours par retrouver sa place.

Quelle atmosphère dans ce roman, où, finalement, il ne se passe pas grand chose ! L’auteur semble beaucoup s’amuser à décrire la vie étriquée de la petite bourgeoisie rurale. On s’observe, on cancane, on échafaude des hypothèses, on se montre et on boit des litres de thé (souvent accompagné de scones, of course). Avec l’air de ne pas y toucher, au fil d’une intrigue gentillette, c’est avec un oeil exercé à l’anthropologie que Barbara Pym se moque doucettement de ces vieilles filles et du clergé de province. Et le lecteur se délecte en découvrant ce tableau acidulé. Comme je m’y attendais, je me suis laissé prendre au jeu, et il faudra à nouveau compulser le catalogue des bibliothèques du département pour mettre la main sur les romans suivants…

En bref : de retour après une longue pause

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Les tourbillons de la fin d’année scolaire, entre examens, corrections, résultats et préparation de la rentrée prochaine, puis une immersion progressive dans les vacances, avec un séjour au bord de l’océan, ont nécessité un longue pause sans billet. Pendant ces quelques semaines, j’ai simplement eu envie de lire, sans me soucier de ce qui serait chroniqué ou non, juste pour le plaisir. Des romans, des polars, quelques BD, des essais (surtout des récits de voyage) se sont succédé. Difficile de dire encore si toutes ces lectures trouveront leur place ici. A suivre, au cours des jours et semaines à venir, des billets plus réguliers.

En attendant, ma PAL fond gentiment.

Sarnia

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A Guernesey, les Le Page sont légion, et tous parents à des degrés plus ou moins proches. Ebenezer n’a quitté son île qu’une fois dans sa vie, pour assister à une rencontre sportive à Jersey. Un pied sur terre (il est maraîcher) et un en mer (il aime pêcher), il est attaché au mode de vie guernesiais, qu’il défend bec et ongles, en particulier contre les fantaisies modernes. Il ne s’est jamais marié et, voyant les membres de sa famille disparaître un à un, il se met en tête de conserver une trace de ses souvenirs et de trouver une personne digne d’être son héritier.

La vie d’Ebenezer Le Page est inventée de toutes pièces par l’auteur, et pourtant ce roman prend des airs de mémoires. Des années 1880 aux années 1960, les anecdotes familiales (et elles sont nombreuses, car les parents d’Ebenezer sont loin d’être simples) se mêlent à l’histoire de l’île. Bourru, têtu mais honnête au fond, Ebenezer est un personnage atypique (pour reprendre le sabir des agents immobiliers), qui ne mâche pas ses mots, surtout quand il s’agit de défendre son île. Le lecteur apprend vite à l’apprécier, à sourire de ses exagérations. Et les quelque six cents pages qui racontent sa vie passent sans qu’on s’en rende compte.

C’est sur le conseil d’Hugo Boris (venu rencontrer certains de mes élèves) que j’ai lu ce roman. Et j’ai pu, chemin faisant, vérifier ce qui, dans ses propos, avait achevé de me convaincre de le lire : il fait partie de ces livres pour lesquels on envie ceux qui, ne l’ayant pas lu, ont encore devant eux le plaisir de le découvrir.

Sarnia, Gerald B. Edwards, 1981.

Agatha Raisin and the Walkers of Dembley

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Le mois anglais a débuté depuis un moment, sans que j’aie trouvé le temps de rédiger les billets prévus (ne parlons pas des lectures communes…). Maintenant que le bac est lancé, et avant le déferlement de copies à corriger, il est grand temps d’évoquer le quatrième volume des enquêtes d’Agatha Raisin.

Piégée par son ami Roy, Agatha a été contrainte de revenir travailler à Londres, sans y trouver aucun plaisir. Sa dette réglée, elle peut retrouver son cottage et ses amis du village de Carsely. Mais à peine est-elle rentrée qu’une voisine fait appel à elle pour aider sa nièce, empêtrée dans une sombre affaire : une randonneuse a été assassinée dans un village voisin. Ni une ni deux, Agatha renoue avec sa manie des enquêtes, et elle y embarque James Lacey.

Ce qui est intéressant dans le personnage d’Agatha Raisin, ce sont avant tout ses imperfections. Elle s’emporte, se montre désagréable, s’agace d’un rien et se fait des films avec une facilité déconcertante. Après deux enquêtes où elle semblait s’être un peu assagie, la voici de nouveau incontrôlable, pour le plus grand plaisir du lecteur. L’intrigue est peut-être plus téléphonée qu’à l’ordinaire, mais elle s’écarte du schéma habituel, grâce à un changement de décor salutaire. Les enquêtes à Carsely ronronnaient, notamment en raison de la permanence des protagonistes. Nouveau village et nouveaux personnages permettent un renouvellement. Il ne faut pas s’attendre toutefois à une intrigue exceptionnelle. Le coupable n’est pas très difficile à découvrir.

Une lecture sympathique pour les amateurs de la série, en somme. Mais pas un chef d’oeuvre non plus.

Agatha Raisin and the Walkers of Dembley, M.C. Beaton, 1994.