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Chez bien des lecteurs il existe une faiblesse coupable pour les livres en relation avec la lecture. Un petit plaisir avouable pour les mises en abyme. Certains de ces ouvrages laissent une trace indélébile, et on y revient régulièrement, par gourmandise. J’ai, par exemple, relu bien (trop) souvent 84, Charing Cross Road depuis le jour où, grâce à un oncle très avisé, cette correspondance est tombée entre mes mains.

Croisé sur le blog de Cuné (incroyable  lieu de tentation), le journal de Shaun Bythell n’a pas mis longtemps à rejoindre ma PAL. Mais comme l’ouvrage est de belle qualité et trop lourd pour les transports en commun, il a fallu attendre les vacances pour s’y plonger.

Plus de dix ans après avoir repris une librairie d’occasion dans le bourg écossais de Wigtown, Shaun Bythell dresse quotidiennement le bilan de ses journées. Les chiffres tiennent une place importante dans son journal, et permettent, sans longs discours, de mesurer les difficultés du métier.  Aux commandes en ligne, plus ou moins aisées à satisfaire, s’associent le nombre de clients et le contenu de la caisse, mais aussi la quantité de livres achetés ou manutentionnés (d’où des douleurs répétées chez l’auteur). Mais bien au-delà de ces mesures, les courts compte-rendus de demandes ou remarques farfelues des clients (toujours enclins à réclamer une remise), autant que les nombreuses bizarreries de Nicky, l’employée de la librairie, rendent cette lecture aussi amusante qu’édifiante. Shaun Bythell n’a pas sa langue dans sa poche, et sait s’y prendre pour moucher l’une comme les autres, mais aussi pour dénoncer les dérives des grands distributeurs d’Internet qui mettent en danger les libraires indépendants, même d’occasion. Avec flegme, il gère aussi, bon an mal an, le Random Book Club, dont chacun des membres reçoit un livre choisi dans le stock de la librairie chaque mois.

Au fil de cette chronique, on découvre aussi les coulisses du festival littéraire qui se tient chaque année à Wigtown. Shaun y tient un rôle essentiel, mais très discret, en offrant aux auteurs invités un havre où se reposer et se repaître loin de la foule, dans son propre salon au-dessus de la boutique. La beauté et la richesse de cette région rurale assez méconnue outre-Manche sont par ailleurs mises en valeur car Shaun Bythell est, à ses heures perdues, vidéaste et réalise de petits documentaires (certains sont visibles sur la page Facebook de la boutique) vantant les mérites de son petit coin d’Écosse.

Bref, difficile, en terminant cette truculente et passionnante lecture, de ne pas se ruer sur le premier site de voyagistes venu pour réserver un séjour en Écosse !

The Diary of a Bookseller (publié en français en avril 2018 sous le titre Le libraire de Wigtown), Shaun Bythell, 2017.

Et pour les curieux, le lien vers la page Facebook de la librairie.

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