De Venise à Venise

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img_20161229_200437_885L’année 2017 commence en fanfare : des travaux assez costauds (mes livres ont un temps été mis sur la sellette…) bousculent mon quotidien depuis deux semaines, et doivent durer encore un peu. Hormis le désordre ambiant, ce sont surtout les divers tracas qui accompagnent la rénovation forcée d’une partie de mon home sweet home qui m’ont tenue éloignée de ce salon. Le plus pénible étant passé, les billets de lecture peuvent faire leur retour, en commençant par un roman extirpé de ma PAL.

A la fin des années 1920, le palais Bialevski, sis à Dorsoduro, accueille plusieurs familles. Le propriétaire des lieux, Edoardo Bialevski, occupe le dernier étage sous les toits. Au piano nobile est installée la famille d’un avocat proche du pouvoir, Silvio Tolotta Pelz. Et à l’entresol vivent les Balmarin. Le lien entre ces familles, entre ces étages, ce sont les enfants. Ils se côtoient à l’école comme dans leurs loisirs, envisagent des unions à venir, cavalent dans les escaliers du palais, se chamaillent, s’immiscent dans les discussions des adultes où la diffusion des idées fascistes tient une place croissante.

Un titre et une couverture (la Salute vue par Turner) avaient jadis suffi à me faire acheter ce roman, car il m’est toujours difficile de résister à Venise. Sur ce point, pas de déception. La Sérénissime est un personnage à part entière, et non seulement un décor. Les descriptions de la ville sont rares, mais Pasinetti parvient à créer une atmosphère proprement vénitienne.

L’intrigue en revanche est plus difficile à saisir. Il s’agit davantage d’une succession de tranches de vie, notamment des aventures adolescentes, racontées par Giorgio, un ami des enfants Balmarin et Tolotta Pelz. Rien de bien palpitant, en somme. Des amours, des querelles, des drames. Et des portraits. Chaque personnage est présenté avec un étonnant luxe de détails, qui finissent d’ailleurs par embrouiller un peu le lecteur et ne les rendent pas plus attachants pour autant. L’arrière-plan historique n’apparaît qu’en filigrane, et la petite histoire, celle des enfantillages, l’emporte sur celle des années 1920.

Un bilan en demi-teinte, donc, pour un roman pas désagréable, mais loin d’être passionnant.

De Venise à Venise, Pier Maria Pasinetti, 1983.

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Que reste-t-il de 2016 ?

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tumblr_mkoyjcdb011s8pljio1_250C’est un exercice auquel je ne me suis guère pliée jusqu’à présent. 2016 ayant été marquée par des publications en pointillés, il m’a semblé plus justifié cette année.

Alors que les billets ont été irréguliers, le nombre de livres lus est plus important que l’an dernier : on frôle les 90. Les lectures pour le prix Elle ont évidemment pris beaucoup de place en début d’année, et depuis cet été j’ai entrepris un grand débroussaillage de PAL. Les romans se révèlent de plus en plus décevants mais je prends un plaisir grandissant à lire des essais, des récits de voyage et des polars, sans oublier des bandes dessinées.

retourdelabicycletteParmi les essais / récits de voyages / biographies, les trois plus marquants ont été

L’archéologue et la romancière, d’Agatha Christie

Le retour de la bicyclette, de Frédéric Héran

Le goût du large, de Nicolas Dessale

couvlombredenosnuitsPour les romans, les déceptions ont largement dominé, mais il reste malgré tout de bons souvenirs :

L’ombre de nos nuits, de Gaëlle Josse

Check-Point, de Jean-Christophe Ruffin

Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby

couvquaidesenfersUne bonne année de polars, avec quelques pépites :

Poulets grillés, de Sophie Hénaff

Quai des enfers, d’Ingrid Astier

La pomme d’amour de Rocamadour, de Jean-Pierre Alaux

Romans à succès et déceptions

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Au cours de ces dernières semaines, j’ai lu quelques romans encensés par les critiques, mais qui ne m’ont pas convaincue pour autant.

couvbibliothequedescoeurscabossesLa bibliothèque des coeurs cabossés a eu son lot de billets enthousiastes chez mes camarades blogueuses. Toutefois je n’étais pas vraiment pressée de lire ce roman et c’est le hasard des déambulations à la médiathèque qui me l’a mis entre les mains. Les aventures de Sara Lindqvist à Broken Wheel m’ont semblé cousues de fil blanc, truffées de bons sentiments autant que de clichés. Je suis donc perplexe face au succès de ce roman, comme je l’avais été pour Le mec de la tombe d’à côté ou Quand souffle le vent du Nord. Une allergie à la guimauve, peut-être ?

couvpetitpaysPetit pays, maintes fois récompensé, m’a davantage séduite. Mais plus que le personnage de Gabriel, qui voit midi à sa porte, c’est le cadre de l’intrigue qui m’a plu. La vie d’un expatrié au Burundi et les massacres des années 1990 sont présentés avec sobriété et justesse. L’ensemble est assez bien écrit. Néanmoins j’ai tiqué une nouvelle fois sur un élément qui m’agace régulièrement : il s’agit encore d’un roman largement inspiré de la vie de l’auteur, donc davantage de l’autofiction qu’un véritable roman. N’existe-t-il plus de romanciers à l’imagination fertile qu’on ne nous serve plus que des récits autobiographiques ? C’est sans nul doute ce qui me détourne de plus en plus des romans, pour des essais ou des polars.

La bibliothèque des coeurs cabossés, Katarina Bivald, 2015.

Petit pays, Gaël Faye, 2016.

Dépoussiérage et petit bilan de l’objectif PAL

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Passons sur l’endormissement de ce salon, dû, comme souvent, à une avalanche d’obligations professionnelles et personnelles. Quelques jours de vacances vont permettre d’ouvrir en grand les fenêtres et de rendre ces lieux à la vie. Et peut-être 2017 sera-t-il plus propice à des publications régulières…

couvcampagnedefrance1Le mois de novembre était placé sous le signe de l’objectif PAL. Si un seul billet a été publié, j’ai rempli mon contrat et lu quatre des cinq livres sortis de ma PAL. Pour me remettre de la déception Les livres prennent soin de nous, j’ai dévoré deux romans très différents mais également plaisants.

Après Le Front russe et son pigeon, puis Comme un karatéka belge qui fait du cinéma (et ses vaches), Jean-Claude Lalumière m’a fait passer un très moment en compagnie d’Alexandre, Otto et leurs touristes légèrement barrés. La Campagne de France est un roman farfelu, satirique et d’une incroyable intelligence. Et j’y ai trouvé de nouveaux animaux (un chat et des lièvres, cette fois) à ajouter au bestiaire Lalumière.

couvloindesmosqueesEnsuite, ce fut l’heure pour un peu de littérature belge, avec Armel Job et Loin des mosquées. Je découvrais l’auteur, et il est certain qu’il aura sa place dans les lectures du prochain mois belge. Ce roman réussit à aborder des thèmes sensibles avec finesse. Il est un très bel hymne à la tolérance et mérite d’être abondamment conseillé en ces temps où obscurantisme et étroitesse d’esprit gagnent du terrain.

Quant au dernier roman de cet objectif PAL, il s’agissait du quatrième tome de la dynastie Savoisy, Meurtres au potager du roy. Malgré tout l’intérêt que je porte au règne de Louis XIV et à Versailles, je ne suis pas parvenue à vraiment m’intéresser à ces histoires de graines de melon. En achevant cette lecture, seule l’envie de retourner visiter le Potager de Versailles est restée.

Deux déconvenues et deux bonnes pioches : le bilan de cet élagage de PAL est finalement encourageant. D’ailleurs, le défrichement se poursuit, et j’ai bon espoir de venir bientôt à bout de cet amoncellement déraisonnable.

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Les livres prennent soin de nous

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couvlivresprennentsoinLire sur ordonnance. Ainsi pourrait-on présenter la bibliothérapie, qui est au coeur de l’essai de Régine Detambel. Cette discipline, déjà bien ancrée aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni, fait une timide percée en France depuis les années 1990. L’auteur s’efforce d’exposer, en une quinzaine de chapitres thématiques, ses bienfaits autant que ses faiblesses et ses contradictions. Elle s’appuie  largement sur les écrits d’autres auteurs (les sources occupent six pages à la fin de l’ouvrage), auxquels elle ajoute son point de vue et son expérience personnelle.

De ce propos assez dense, on retiendra bien quelques idées, notamment que la bibliothérapie peut encore progresser car elle reste largement fondée sur la lecture d’ouvrages de développement personnel, et que la littérature y joue un rôle bien léger, au grand désespoir de l’auteur d’ailleurs. On piochera quelques citations de grands écrivains, dont le rapport aux livres est abondamment évoqué (sans trop de surprises cependant). Pour tout lecteur régulier, cet essai n’apporte toutefois pas grand chose. Il rappelle de grandes idées, voire enfonce des portes ouvertes (l’importance de la lecture avec les enfants, par exemple). Régine Detambel ne parvient pas à rendre aussi passionnante son expérience de lectrice qu’un Alberto Manguel sait le faire.

Ce livre, après une tentative de sortie l’an dernier, végétait dans ma PAL depuis sa publication. Il était temps de l’en extraire, même si ce ne fut pas une lecture aussi plaisante que je l’espérais.

Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative., Régine Detambel, 2015.

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Objectif PAL en novembre

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objectif palEn raison de préoccupations assez pratiques (des travaux en perspective, qui nécessitent un réaménagement de mon bureau et de mes bibliothèques), je me suis récemment penchée sur le contenu de ma PAL (Pile A Lire, pour les novices) mais aussi sur sa raison d’être.

Voici quelques années je me suis laissée (un peu) emporter par une frénésie d’achats liés aux billets de mes petites camarades blogueuses. Et ma PAL a pris des proportions inquiétantes. Je l’ai désherbée il y a peu (pour le plus grand bonheur d’une amie participant à un vide-grenier) et je m’efforce d’en tirer l’essentiel de mes lectures ces derniers temps.

Or, que vois-je chez Anne et Antigone ? le retour de l’objectif PAL, pour une durée réduite au mois de novembre. C’est donc un défi qui s’accommode parfaitement de mon état d’esprit actuel.

Quelques titres ont d’ores et déjà été extirpés de cette pile pour préparer l’événement. Espérons que je trouverai le temps nécessaire pour les lire et, surtout, pour rédiger les billets…

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Les délices de Tokyo

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couvdelicesdetokyoEncore un billet clin d’oeil à mes camarades cuisinières !

L’origine de cette lecture est une bande annonce, vue lors d’une sortie au cinéma avec une amie. En fouinant un peu de ci de là, j’ai appris que le film de Naomi Kawase était l’adaptation d’un roman, qui, par hasard, a croisé mon chemin dans une librairie d’occasion.

Entre voie ferrée et cerisiers, Sentarô tient une petite échoppe où il cuisine et vend des dorayaki. Cette pâtisserie à base d’an, la pâte de haricots rouges, régale les collégiennes qui s’arrêtent sur le chemin du retour, mais n’attire pas les foules. Sentarô se débrouille plutôt bien pour les pancakes, mais ses haricots confits ne sont pas exceptionnels. Tokue le lui a fait remarquer le jour où elle a demandé si elle pouvait être embauchée à ses côtés. Après bien des hésitations, Sentarô décide de faire confiance à la vieille dame, qui lui apprend comment réaliser le an. En peu de temps, ces nouveaux dorayaki remporte un succès inattendu. Tokue s’épanouit au contact des clients, et se lie d’amitié avec Wakana, une collégienne solitaire. Mais les doigts déformés de la vieille dame attirent l’attention, et une rumeur vient mettre en péril un bonheur bien fragile.

dorayakiUne intrigue poignante, des personnages atypiques qui peinent à trouver leur place dans la société contemporaine, des bonheurs simples : le roman de Durian Sukegawa réunit avec beaucoup de finesse des éléments en somme peu originaux. Mais l’ensemble fonctionne, porté par une écriture d’une grande simplicité. Pas de leçon de morale ni de happy end, ce qui sort un peu de l’ordinaire de la production romanesque. Les délices de Tokyo offrent une jolie leçon de vie, encourageant à profiter de l’instant présent, à contempler une nature généreuse.

delices_de_tokyo_dvdLe film de Naomi Kawase, fidèle au roman, le prolonge en donnant corps aux personnages. Une courte scène ajoutée à la fin apporte un soupçon d’optimisme supplémentaire. Et l’édition du DVD propose en bonus un feuillet avec la recette des dorayaki. Avis aux blogueuses cuisinières !

Va et poste une sentinelle

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couvvaetposteunesentinelleA peine avais-je refermé ce roman, emprunté en bibliothèque, que je croise maintes affiches célébrant sa sortie au format poche. Pour un peu ce billet collerait un temps soit peu avec l’actualité, ce qui devient rare dans ce salon.

Les vacances sont l’occasion pour Jean Louise Finch de quitter New York, où elle s’est installée, et de passer quelques jours dans la ville d’Alabama qui l’a vu grandir, Maycomb. Elle y retrouve son père, un peu diminué par la maladie, mais toujours l’esprit alerte, ainsi que la tante avec laquelle elle aime se chamailler et son oncle aussi érudit qu’original. Mais c’est Hank, l’ami d’enfance susceptible de devenir un époux, qui vient l’accueillir. Ce retour est une plongée dans les souvenirs d’enfance (on l’appelait « Scout » alors) en même temps qu’une redécouverte d’un Maycomb que Jean Louise pensait immuable. Car les moeurs évoluent aussi dans le Sud des Etats-Unis. Les questions raciales bouleversent l’équilibre qu’elle a connu jadis, et semblent avoir transformé ses proches.

La construction du roman semble un peu bancale, entre une première partie largement dominée par la nostalgie (et donc de nombreuses évocations de souvenirs) et une seconde où les interrogations de Jean Louise se traduisent par une succession de dialogues. La lutte pour l’obtention des droits civiques tient une place essentielle dans l’intrigue, mais elle ne s’affirme vraiment qu’à la fin du roman, quand l’héroïne découvre (ou croit découvrir) que sa famille a rallié le camp de l’intolérance. Pour tout lecteur de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, la première partie du roman a  comme intérêt les retrouvailles avec des personnages et une atmosphère déjà connus. Le personnage de Scout semble fidèle à lui-même, et ce parfum de nostalgie n’est pas désagréable. La seconde partie est, en comparaison, plus laborieuse. Les multiples discussions entre Scout et les membres de sa famille paraissent interminables, et redondantes. Que d’arguments et d’éclats de voix pour en arriver à un dénouement un tantinet décevant. Il manque à cette évocation des questions raciales de quoi s’enraciner dans la réalité (comme c’était le cas dans Ne tirez pas…). On a l’impression d’une réflexion hors sol, qui pourrait être menée par n’importe quel personnage, dans quelque lieu des Etats-Unis que ce soit.

Ce fut donc une lecture décevante, d’un roman dispensable.

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, 2015.