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Il est rare que Kate Woodcroft se laisse impressionner. Elle est une avocate de renom, encline à défendre la veuve et l’orphelin, même quand leur cause semble perdue d’avance. Lorsqu’arrive entre ses mains une affaire de viol mettant en cause un homme politique très en vue – James Whitehouse -, elle n’a aucune hésitation. Nul autre qu’elle ne saurait conduire cette affaire avec plus de conviction.

Bien que l’intrigue soit pure fiction, le roman de Sarah Vaughan a des accents très réalistes. En choisissant comme point central du scandale la question du consentement, l’auteur apporte, à sa manière, une pierre supplémentaire à l’édifice MeToo. De tous les points de vue narratifs proposés, ce sont ceux des personnages féminins qui sont les plus nombreux. On inverse, pour une fois, le rapport de forces, celui qui donne, dans la vie de tous les jours, davantage de poids à la parole des hommes qu’à celle des femmes. Pourtant le dénouement de l’histoire n’est pas particulièrement optimiste, d’autant qu’il est sans doute l’élément le plus vraisemblable du roman.

On pourrait en effet reprocher une accumulation de coïncidences (le scandale tombe un peu aisément entre les mains de l’avocate qui y tient le plus ; le fait que la plupart des protagonistes aient des souvenirs et des expériences en commun est un peu too much) et de rebondissements ou dévoilements (notamment à propos du personnage principal) gentiment grossiers. Un peu plus de subtilité aurait été largement profitable à un roman dont le sujet reste néanmoins pertinent.

D’ailleurs le scandale ne se cantonne pas nécessairement à celui qui est dénoncé dans le procès qui occupe l’essentiel du roman. Le plus scandaleux est sans doute l’impunité dont bénéficient les puissants, à l’université où ils se permettent des comportements de goujats au nom de la tradition, comme en politique. Quels que soient les lois ou les efforts des procureurs comme des journalistes, certains semblent toujours parvenir à passer entre les mailles du filet. C’est dans cette réflexion, noyée dans le récit du travail judiciaire, qui me semble l’aspect le plus incisif, celui qui justifie vraiment la lecture de ce roman judiciaire plutôt bien construit.

Anatomie d’un scandale, Sarah Vaughan, 2018.