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Simone Veil est, depuis les années 1970, une de ces figures qui fascinent ou agacent. Nombreux sont, par conséquent, les écrits la concernant, en particulier depuis un an et demi. On peut donc raisonnablement s’interroger sur la nécessité d’écrire (et de lire) un énième ouvrage à son sujet.

Il se trouve que la biographie familiale de Dominique Missika est tout à la fois originale et classique. Ce qui la distingue, c’est la volonté de présenter Simone Veil aux côtés de ses sœurs, dont le rôle n’est pas limité à celui de faire-valoir. Mais le style et la narration, propres aux travaux d’historiens, peuvent décontenancer des lecteurs habitués à plus de sentimentalisme ou de démonstration.

Il est fort probable que, pour certains, les qualités, scientifiques autant que stylistiques, de ce récit, risquent de passer inaperçues. Pourtant le parcours de Simone Veil est présenté ici en parallèle de celui de ses sœurs, notamment de Denise Vernay. Mettre en regard leurs expériences respectives de la déportation, puis du retour à la vie permet de prendre conscience que les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont été appréciées différemment selon les époques. Dominique Missika, historienne, évoque avec justesse les frustrations de la déportée raciale, puis celles de la résistante, quand tourne le vent des commémorations. Les défauts de l’une et l’autre, leurs agacements sont de fait plus intéressants que leurs petites victoires ou leurs joies car ils en apprennent davantage au lecteur sur ces femmes.

Les inséparables est loin de se limiter à une simple évocation de la famille de Simone Veil. C’est aussi, dans la lignée des précédents travaux de l’auteur, une réflexion sur le poids des mémoires, personnelles et collectives, d’un épisode sombre de l’histoire de France.

Les inséparables. Simone Veil et ses sœurs, Dominique Missika, 2018.

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