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Choisir comme personnage principal d’un roman historique un gentilhomme assigné à résidence dans un grand hôtel est une gageure.  Difficile en effet d’imaginer que l’on puisse ainsi rendre compte des évolutions politiques et sociales d’une URSS dont le héros, le comte Alexandre Ilitch Rostov, est de facto coupé. Pourtant, Amor Towles parvient avec beaucoup de finesse à relever ce défi, notamment grâce à une riche galerie de personnages secondaires qui peuvent, eux, se frotter aux dures réalités soviétiques. Le lecteur se trouve ainsi placé sur un pied d’égalité avec Alexandre Rostov lorsqu’il s’agit de comprendre comment se transforme l’URSS au cours des trente années qu’il passe reclus au Metropol.

Humour et érudition sont également placés au service d’une plaisante description de la vie d’un hôtel de luxe. Les petits secrets et les habitudes, plus ou moins honteuses, des clients comme du personnel, sont mis en scène de manière à reconstituer l’atmosphère qui peut régner dans ce genre d’établissement, ne manquant pas de faire écho à d’autres œuvres, comme les très britanniques Gosford Park ou Downton Abbey.

C’est enfin un très bel hommage à la culture russe, notamment à la littérature et à la gastronomie. Non seulement les références sont légion, mais l’amateur de romans russes trouvera à n’en pas douter une ambiance et des situations qui ne sont pas sans en rappeler d’autres, plus classiques. Un gentleman à Moscou est un roman aussi riche qu’élégant, dans son propos comme sa construction.

Un gentleman à Moscou, Amor Towles, 2016.

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