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A Guernesey, les Le Page sont légion, et tous parents à des degrés plus ou moins proches. Ebenezer n’a quitté son île qu’une fois dans sa vie, pour assister à une rencontre sportive à Jersey. Un pied sur terre (il est maraîcher) et un en mer (il aime pêcher), il est attaché au mode de vie guernesiais, qu’il défend bec et ongles, en particulier contre les fantaisies modernes. Il ne s’est jamais marié et, voyant les membres de sa famille disparaître un à un, il se met en tête de conserver une trace de ses souvenirs et de trouver une personne digne d’être son héritier.

La vie d’Ebenezer Le Page est inventée de toutes pièces par l’auteur, et pourtant ce roman prend des airs de mémoires. Des années 1880 aux années 1960, les anecdotes familiales (et elles sont nombreuses, car les parents d’Ebenezer sont loin d’être simples) se mêlent à l’histoire de l’île. Bourru, têtu mais honnête au fond, Ebenezer est un personnage atypique (pour reprendre le sabir des agents immobiliers), qui ne mâche pas ses mots, surtout quand il s’agit de défendre son île. Le lecteur apprend vite à l’apprécier, à sourire de ses exagérations. Et les quelque six cents pages qui racontent sa vie passent sans qu’on s’en rende compte.

C’est sur le conseil d’Hugo Boris (venu rencontrer certains de mes élèves) que j’ai lu ce roman. Et j’ai pu, chemin faisant, vérifier ce qui, dans ses propos, avait achevé de me convaincre de le lire : il fait partie de ces livres pour lesquels on envie ceux qui, ne l’ayant pas lu, ont encore devant eux le plaisir de le découvrir.

Sarnia, Gerald B. Edwards, 1981.

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