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Croisé chez Keisha, aperçu sur le catalogue de la médiathèque, mais pas sur les rayonnages, et finalement trouvé à bon prix chez G***t, le dernier récit de Sylvain Tesson a éprouvé ma patience pendant un petit moment.

Point d’expédition aux confins de la Terre, cette fois. Moins que l’envie, c’est la forme qui manque à l’auteur pour entreprendre un voyage lointain. Les médias (pas très fins, comme souvent) avaient fait leurs choux gras d’une chute peu glorieuse, et les lecteurs fidèles du globe-trotteur s’inquiétaient d’être sevrés de ses récits fort bien troussés. Car, même si l’homme ne plaît pas forcément, ses textes ont un petit quelque chose en plus.

Or, un an après ses mésaventures aux conséquences plus que fâcheuses, Sylvain Tesson reprend la route. La campagne française fera office d’espace de rééducation. Depuis les pentes du Mercantour, il entreprend une traversée de la France jusqu’à La Hague, avec, comme contrainte, d’éviter autant que faire se peut les voies fréquentées pour se concentrer sur « les chemins noirs », ceux que les cartes elles-mêmes peinent à retrouver.

Tantôt seul avec ses douleurs et ses espoirs, tantôt accompagné d’amis qui viennent crapahuter un jour ou deux à ses côtés, Sylvain Tesson s’enfonce dans des territoires désertés, mais pas totalement vides. Son récit est peut-être moins fantaisiste qu’à l’habitude, mais il gagne en émotion. La description des espaces dits hyper-ruraux est réalisée avec justesse et un soupçon de mélancolie. Toutefois c’est le regard de l’auteur sur les franges urbaines et sur ceux que l’on nomme les néoruraux qui a le plus retenu mon attention de géographe. Ces passages sont courts, mais écrits avec finesse et précision. Bien des aménageurs fous ou de candides citadins seraient fort avisés de lire ces quelques paragraphes avant de se lancer dans des projets déconnectés de la réalité.

Un peu plus de cent pages, qui se lisent avec une facilité déconcertante et qui nous laissent espérer d’autres récits du sieur Tesson.

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, 2016.

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