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couvmeursaultSur une plage d’Algérie française, un Européen abat un Arabe. L’événement sert de point de départ à un roman devenu célèbre, mais qui néglige la victime. Son frère, Haroun, cherche à lui rendre justice. Soir après soir, il raconte à un jeune homme, qu’il croit universitaire, l’histoire de Moussa, oublié après avoir été assassiné par Meursault, et puis, par ricochets, sa propre histoire, plombée par une enfance endeuillée.

Peu convaincue par la Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary – et donc échaudée par le principe de contre-enquête -, il m’a fallu un peu de temps et les encouragements d’amies lectrices pour oser cette lecture. Le premier tiers du roman a conforté mes craintes. Ces premières pages reviennent sur la mort de Moussa, le procès et le deuil pesant imposé par leur mère. Elles donnent comme une impression d’engluement car les répétitions sont nombreuses et la figure maternelle est assez agaçante. Dès lors qu’Haroun s’émancipe, qu’il se libère du deuil contraint, le propos devient plus passionnant. Le chapitre VII m’a particulièrement frappée. Il évoque l’évolution des pratiques religieuses en Algérie et dénonce avec justesse leurs excès. Là se trouve sans doute une des causes des ennuis de Kamel Daoud depuis la publication du roman. Le regard sur l’Algérie indépendante et les débordements qui ont suivi l’émancipation ne manquent pas non plus d’intérêt.

En somme cet hommage à L’Etranger est plus passionnant que je ne l’avais imaginé, d’autant qu’après un nouveau feuilletage du roman de Camus, les références apparaissent à la fois plus nombreuses et plus subtiles dans l’oeuvre de Kamel Daoud.

Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud, 2013.

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