Mots-clefs

, ,

couvgaleriedesmarisdisparusLe mari de Juliette s’est volatilisé. Parti au travail comme tous les matins, il n’est jamais rentré. Et le portrait de Juliette enfant, qui trônait dans le salon, a disparu. Depuis, la jeune femme est une aguna, ni veuve ni divorcée, ce qui ne lui facilite pas la vie dans sa communauté juive. Mais, le jour de son trentième anniversaire, au lieu d’acheter le frigidaire dont elle rêvait, elle s’offre un portrait d’elle-même, réalisé par un jeune peintre. Une décision qui marque le début d’une nouvelle vie, où la peinture tient désormais un rôle central.

De la fin des années 1950 aux années 2000, le roman raconte la vie de Juliette Montague, devenue, un peu par hasard, galeriste. Chaque chapitre a pour titre celui d’un portrait de l’héroïne, qui correspond à une étape dans son évolution. Sa carrière de galeriste tient une place centrale dans l’intrigue, mais viennent s’y ajouter les relations avec sa famille (ses parents, et surtout ses enfants, Frieda et Leonard), ainsi que les recherches pour retrouver son mari disparu.

Ce qui fait le charme du roman est le personnage de Juliette, un tantinet déchiré entre ses envies de modernité et le poids des traditions. Elle est sans conteste une femme moderne quand elle décide d’ouvrir une galerie d’art, dans les choix qui en font un lieu toujours à la mode, mais aussi lorsqu’elle entame une liaison avec un de ses artistes ou qu’elle soutient sa fille bien décidée à divorcer. Mais elle reste prude, et soucieuse de ne pas heurter ses parents, auprès desquels elle continue de vivre alors qu’elle aurait pu s’installer dans un quartier plus chic de Londres. Ses aspirations féministes restent tempérées par les vestiges d’une éducation traditionnelle. Cette prudence – ou ces hésitations, selon le point de vue – rendent le personnage vraisemblable. Et cela est d’autant plus important, qu’on apprend, dans une note en fin d’ouvrage, que l’auteur s’est inspirée de la grand-mère de son mari pour le créer. Les personnages secondaires n’ont rien à lui envier. Fantasques ou torturés par des expériences peu enthousiasmantes, ils peuplent la vie de Juliette, la bousculent ou la confortent dans ses choix.

Un roman distrayant, plus consistant que Le Manoir de Tyneford.

La galerie des maris disparus, Natasha Solomons, 2013.

Publicités