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couvbonheurdanslecrimeUne tempête s’abat sur Bruxelles, entraînant d’importantes inondations sur les chaussées et dans les tunnels. La circulation est immobilisée. Un conducteur se trouve à l’arrêt face à une grande maison, sur l’avenue Franklin-Roosevelt. Comme son passager s’étonne de le voir observer la bâtisse et que l’embouteillage se prolonge, il raconte la famille qui a vécu, et vit encore, dans la maison. Trois générations s’y sont côtoyées. Emma, l’aïeule, héberge sa nièce et son époux, dont les rejetons sont devenus trop nombreux pour leur propre maison. Dans cette famille d’apparence ordinaire, ce sont des quatre enfants aux caractères fort différents que vient le trouble. Les deux aînés, inséparables, sont à la fois beaux et intelligents. La cadette est dotée d’un goût pour l’excès. Et le benjamin suit son petit bonhomme de chemin, jusqu’à ce que les aventures de ses frères et soeurs bousculent sa vie autant que les leurs.

Ce roman commence paisiblement, avec la présentation d’une famille bourgeoise en somme assez banale. Puis, quand les enfants parviennent à l’adolescence, la situation devient plus pesante. L’irruption d’un amoureux, passionné mais éconduit, révèle les fragilités des uns et des autres, met au jour des travers bien cachés sous le vernis des bonnes manières. La narration est menée de manière neutre, assez distante, alors que celui qui la fait connaît bien la famille, pour avoir été le médecin de la vieille Emma. Ce point de vue rend presque plus acceptable le crime nécessaire au bonheur des protagonistes principaux. Et c’est déroutant pour le lecteur, voire dérangeant.

Jacqueline Harpman est psychanalyste autant que romancière, et cela se sent. Les sentiments des personnages sont rendus avec vraisemblance et beaucoup de finesse. Son clin d’oeil (jusque dans le titre) à l’oeuvre de Barbey d’Aurevilly est aussi un beau travail. La structure du récit autant que les thèmes abordés renvoient au texte de son prédécesseur. Ajoutons à cela le fait qu’une véritable maison bruxelloise a inspiré l’auteur. Comme la famille qui est en son coeur, ce texte est bien plus riche et plus complexe qu’il n’y paraît. L’analyse proposée à la fin de cette édition est aussi éclairante qu’utile : elle permet de mieux comprendre, et donc apprécier, certains éléments du roman.

Non seulement cette étrange oeuvre s’est révélée captivante, mais en plus elle m’a permis de faire connaissance avec Jacqueline Harpman, dont la biographie comme la bibliographie réservent manifestement d’autres surprises.

Le Bonheur dans le crime, Jacqueline Harpman, 1993.

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