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couvmalavidaLa crise financière a étrillé l’Espagne, qui s’est laissé séduire par les promesses d’une extrême-droite aux relents franquistes. Ils sont nombreux à avoir perdu leur poste dans le tourbillon qui a suivi les élections, notamment dans les médias. Diego Martin a conservé le sien à la radio publique, devenant malgré lui une preuve vivante de la tolérance du nouveau gouvernement. Spécialiste des affaires criminelles, il s’intéresse au meurtre d’un jeune politicien, promis à un brillant avenir, quand surgit sur la scène médiatique un scandale de trafic d’enfants remontant à la dictature franquiste. Il suit les deux pistes, sans savoir que ses enquêtes n’en forment qu’une.

C’est un polar sans prétention et de bonne facture que livre Marc Fernandez. Il met en scène des personnages correspondant à des archétypes du genre, sans tomber dans la caricature. Le journaliste d’investigation aussi expérimenté que désabusé côtoie le juge irréprochable et prêt à tout pour faire triompher la justice. Une détective au carnet d’adresses bien rempli et une jeune avocate idéaliste complètent le tableau. Quelques scènes ont certes des airs de déjà-vu, mais l’ensemble est agréable. Le ton surtout, aussi tranquille que le rythme de l’intrigue, crée une forme de distance : il donne souvent l’impression que l’auteur joue avec les codes du polar, sans se prendre au sérieux. La mise en place de l’histoire est minutieusement construite, et laisse le temps de se familiariser avec les personnages avant d’être jeté dans le coeur de l’intrigue. Le dénouement, un peu rapide et surprenant, peut laisser le lecteur sur sa faim. Mais il a le mérite de ne pas proposer une fin clé en main, de laisser l’imagination du lecteur suivre son chemin. Quant à l’arrière-plan historique, il donne de l’épaisseur à l’enquête.

Un premier roman qui vaut le détour.

Mala Vida, Marc Fernandez, 2015.

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