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couvnoire     Autour de la conquête des droits civiques au Etats-Unis s’est construite une histoire, peuplée de personnages devenus des quasi héros, ponctuée d’événements emblématiques. Tania de Montaigne s’intéresse, dans cet essai, à une jeune fille que cette histoire a laissée dans l’ombre, Claudette Colvin.

      Après avoir brossé un tableau assez net de la situation dans les Etats du Sud américain, en revenant notamment sur le personnage de Jim Crow, l’auteur présente Claudette Colvin et l’acte qui aurait pu en faire une icône de la lutte pour les droits civiques. Elle s’efforce d’expliquer pourquoi une autre femme, Rosa Parks, lui a ravi ce rôle, et comment les femmes ont peu à peu été évincées d’un combat qu’elles ont contribué à initier.

      Le récit des faits comme la description de leur contexte sont plutôt bien menés, et bien documentés. Toutefois cet essai ne m’a pas totalement convaincue. Le premier bémol est un choix qui m’est apparu maladroit, celui d’utiliser l’italique pour faire comprendre qu’un personnage entre, en quelque sorte, dans la légende. « (…) c’est 1943, et Rosa Parks n’est pas encore Rosa Parks (…) ». Il en va de même avec Martin Luther King, qui lui aussi est affublé d’italiques pour signifier qu’il devient largement connu. Cette manie, récurrente, a fini par contrarier ma lecture. Le second détail concerne la réflexion sur le rôle des femmes dans la lutte. L’auteur laisse penser que c’est une question de misogynie, que les hommes ont cherché à voler la vedette à ces dames qui, comme la si peu connue Jo Ann Gibson Robinson, se sont démenées pour déclencher une action d’ampleur. Mais c’est faire fi du contexte social des années 1950 : la place des femmes dans la société n’est pas celle d’aujourd’hui, et leur relégation au second plan est davantage liée à l’état d’esprit qui prévaut alors qu’à un machiavélique complot masculin. Enfin, l’adresse au lecteur, si elle est pertinente dans les premières pages, fonctionne beaucoup moins bien quand elle surgit à nouveau à la moitié de l’ouvrage.

     Cet essai est donc intéressant par la somme d’informations qu’il propose, mais il est nécessaire de le lire avec un peu de recul pour nuancer des partis pris parfois malencontreux.

Noire, Tania de Montaigne, 2015.

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