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couvjevousécrisdanslenoirEn 1951, Pauline Dubuisson assassine son ancien fiancé. Elle est jugée, condamnée, et libérée six ans plus tard. Alors qu’elle cherche à reconstruire sa vie, le film d’Henri-Georges Clouzot, La Vérité, renvoie son histoire sur le devant de la scène, et Pauline s’enfuit au Maroc pour se donner une chance de vivre à nouveau. Celle qui se fait désormais appeler Andrée rencontre Jean. Il finit par la demander en mariage. Pour assurer à ce nouvel amour un avenir solide, Pauline choisit de lui révéler son passé.

Inspiré de faits réels, le roman de Jean-Luc Seigle se construit autour de la confession de Pauline, qui couche son histoire sur le papier car elle ne se sent pas capable de la raconter de vive voix à Jean. Ainsi le récit se fait à la première personne, ce qui le rend sans doute plus touchant. Se mêlent les impressions de Pauline sur sa vie à Essaouira, ses souvenirs d’enfance auprès d’un père qu’elle idolâtre, son adolescence sous l’Occupation, les souffrances de la Libération et les circonstances du crime qui a défrayé la chronique. Pauline semble à la fois profondément meurtrie par les différentes épreuves qu’elle a traversées et distante. Son récit lui permet non seulement d’expliquer à son lecteur, mais aussi de mieux comprendre ce qu’elle a vécu.

En dépit des nombreuses qualités d’un roman au style plus qu’agréable, je ne suis pas vraiment parvenue me laisser prendre par l’intrigue. La faute sans doute à mon manque d’intérêt pour les faits divers. Et à un détail qui, au deux tiers de l’ouvrage, m’a dérangée. Quand Pauline évoque la Libération et les outrages qu’elle a subis, le ton change brusquement. Le récit est tout en retenue, sauf pour ce passage où, subitement, les détails sont plus abondants, le vocabulaire beaucoup plus cru. On s’appesantit, avec une minutie quasi voyeuriste, sur un épisode, révoltant certes, mais qui ne peut à lui seul résumer la vie de Pauline Dubuisson. J’aurais apprécié que la retenue soit de mise comme dans le reste du roman, et cela n’aurait nui ni à la compréhension du lecteur, tout à l’empathie qu’il éprouve pour le personnage, ni à l’équilibre du récit.

Je vous écris dans le noir, Jean-Luc Seigle, 2015.

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