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couvombresdekatynHiver 1943. L’Allemagne nazie est ébranlée par les revers sur le front soviétique et, de plus en plus, par les incursions de la RAF sur son territoire. Pour Bernie Gunther aussi la situation évolue. Il a quitté la police pour rejoindre le Bureau des crimes de guerre, où il côtoie des membres de la Wehrmacht notoirement peu convaincus par le nazisme. Aux yeux de ses supérieurs comme de Joseph Goebbels, ses qualités d’enquêteurs font de lui le candidat idéal pour une mission peu banale. Il est envoyé à Smolensk où des restes humains ont été mis au jour dans la forêt de Katyn. A charge pour lui de découvrir qui sont ces hommes et qui sont les responsables de leur exécution. Le caractère bien trempé de Gunther autant que le fragile équilibre du microcosme formé par les troupes d’occupation risquent de compliquer une affaire déjà très sensible idéologiquement.

Il n’est sans doute pas très malin de commencer une série par son dernier épisode, mais le hasard vient parfois contrecarrer la logique. Une collègue ayant gentiment proposé de me prêter ce roman après en avoir vanté les mérites, je n’ai pas su résister. En fin de compte, ne pas avoir lu les épisodes précédents des aventures de Bernie Gunther n’a aucunement été gênant.

L’intrigue, même si quelques connaissances en histoire en rendent le dénouement évident dès le début, est intelligemment construite. Au-delà de l’enquête principale sur le massacre de Katyn, le personnage principal est amené à élucider des meurtres de soldats allemands, à mettre son nez dans des tractations peu reluisantes au sein de l’état-major allemand et à soutenir, bien malgré lui, un complot contre Hitler. L’ensemble est particulièrement bien documenté, mais l’auteur parvient à intégrer, avec une grande finesse, ses connaissances précises sur la période à la fiction. Cet équilibre rend la lecture aussi passionnante qu’agréable.

Le personnage central n’est pas vraiment un héros. S’il fait preuve d’une grande intelligence, il peut aussi se laisser aller à des erreurs de jugement, à des maladresses qui le rendent tout bonnement humain. Avec les personnages secondaires, on échappe également à la caricature. L’ambivalence des protagonistes donne au roman une part de vraisemblance supplémentaire, que j’ai d’autant plus appréciée qu’elle faisait défaut dans ma précédente lecture.

Conclusion logique de cette lecture : une irrépressible envie d’explorer les volumes précédents et de faire connaissance avec les débuts de Bernie Gunther.

Les ombres de Katyn, Philip Kerr, 2013.

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