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couvannéedesdechirementsBelge de naissance, Hubert Nyssen a rencontré le succès en France, dont il a embrassé la nationalité en 1976. Ecrivain, éditeur (fondateur d’Actes Sud, pour les néophytes), esthète, l’homme a de nombreuses cordes à son arc. Je m’entête pour le moment à ne lire que ses essais (Lira bien qui lira le dernier ; La sagesse de l’éditeur). De ses carnets, publiés entre 2004 et 2011, sur son site personnel (ici), l’existence m’était connue. Mais au hasard de pérégrinations dans les rayonnages de chez G*b**t  J., j’ai découvert que certaines années ont donné lieu à une publication papier.

Pour Hubert Nyssen, l’année 2007 est largement consacrée à l’écriture, puis aux multiples relectures du roman Les Déchirements, d’où le titre du recueil. Les différentes étapes de la création littéraire, ponctuée de doutes et d’interrogations, mais aussi de plaisirs et de satisfactions, jalonnent ces quelque deux cents pages.

L’écriture, c’est aussi celle de préfaces, de discours (à l’occasion d’une cérémonie de remise des insignes de docteur honoris causa à l’université de Liège, où Paul Auster et Nancy Huston, entre autres, sont à l’honneur), de causeries (consacrées à Nina Berberova ou Jean Duvignaud), de textes de commande (« La haine du chou-fleur »). Un travail d’orfèvre, minutieusement établi grâce à deux outils présentés comme indispensables, le Grand Robert et Le Bon usage de Grevisse.

La lecture aussi est omniprésente. Celle de textes contemporains, reçus en vue d’édition. Celle du plaisir, souvent la nuit (Le Journal de Samuel Pepys, par exemple). Celle de la redécouverte (Hubert Nyssen relit souvent). Et celle, enfin, à voix haute dans le cadre de l’association du Méjan.

Le quotidien s’invite dans ces carnets, avec les visites des amis et de la famille au mas du Paradou, les voyages, les caprices du mistral, ou encore la campagne présidentielle.

La lecture de ces carnets allie le plaisir de retrouver le style d’Hubert Nyssen, riche et limpide, et celui de se nourrir de réflexions aussi fraîches que perspicaces. Elle n’est pas sans rappeler (toutes proportions gardées, évidemment) les écrits de Montaigne, que cite régulièrement l’auteur.

Une mise en bouche (belge, pour finir en beauté le mois), pour achever d’appâter d’éventuels amateurs :

    « Pour qui a fréquenté Maigret dans les romans de Simenon, il n’y a pas plus éloigné de lui que Jean Richard. L’acteur est empâté là où son modèle est bourru, il fume la pipe comme si c’était une sucette, à l’intérieur il garde le chapeau sur la tête, il a le sourire niais et quand il réfléchit on a l’impression de voir fonctionner une machine à vapeur.« 

En une phrase est résumé le sentiment de nombreux lecteurs de Simenon…

Sur cette lecture hautement délectable se referme le mois belge dans ce salon. Merci à Anne et Mina, qui une fois encore l’ont mené de mains de maître.

L’année des Déchirements – Journal de l’année 2007, Hubert Nyssen, 2008.

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