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couvzakuroAu terme de la Seconde Guerre mondiale, il reste en Mandchourie de nombreux résidents japonais, civils aussi bien que militaires. Ils sont déportés par milliers vers des camps de travaux forcés soviétiques. Le Japon réussit, au prix de longues négociations, à obtenir leur retour au pays. Tsuyoshi Toda et sa mère sont de ceux qui se rendent à l’arrivée de chaque navire, dans l’espoir d’accueillir leur père et époux. En vain. Vingt-cinq ans plus tard, alors que tous les membres de la famille Toda se sont faits à l’idée de sa mort, la mère de Tsuyoshi attend encore que son cher Banzo vienne la retrouver. Et peut-être a-t-elle raison d’espérer, car Tsuyoshi découvre par hasard que son père est toujours en vie.

Après Mitsuba, Aki Shimazaki poursuit son second cycle romanesque. Ce deuxième volet fait de l’histoire et de la famille ses thèmes centraux. Il est en effet question du poids de l’histoire, à la fois familiale et nationale, sur le présent. Tsuyoshi et sa mère portent chacun à leur manière les souvenirs des années de guerre et ceux des moments partagés avec Banzo. Pendant un quart de siècle, ces souvenirs ont étayé leurs choix, les ont guidés. Il en va autrement de la nation nippone, comme le regrette le neveu du personnage principal : aucune trace des milliers de Japonais déportés vers la Sibérie ne subsiste dans les manuels d’histoire. La mémoire nationale est plus sélective que celle des familles.

Autour de Tsuyashi, Zakuro met en scène trois générations. Les liens qui les unissent tiennent autant de place dans le récit que leurs manières différentes d’appréhender le présent. Pour la mère, dont l’esprit sombre dans les brumes d’alzheimer,  aujourd’hui semble s’être dissous dans un passé heureux, celui de ses amours de jeunesse. Tsuyashi cherche à profiter du moment présent, à déguster chaque instant, chaque plaisir, comme celui que lui procure son jardin à l’automne. Dans le paysage comme dans le visage qu’il observe, il peut lire les traces du passé. Son neveu, qui s’interroge, cherche à comprendre, fait le lien avec l’avenir.

Zakuro est un roman tout en délicatesse, comme Aki Shimazaki sait si bien les faire. Une invitation à poser un regard neuf sur le monde qui nous entoure.

Zakuro, Aki Shimazaki, 2008.