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couvmanoirdetynefordLes chemins qui mènent à une lecture sont parfois tortueux. Pour celle-ci, le point de départ est Sandrion, dont l’enthousiasme a convaincu mon amie Christine,  qui m’a gentiment prêté le roman.

Au lendemain de l’Anschluss, les familles juives de Vienne vivent des moments difficiles. Chez les Landau, on se prépare au départ. Les parents, Anna et Julian, doivent profiter de la notoriété de Madame pour se rendre aux Etats-Unis, où leur fille aînée peut aussi trouver asile grâce aux compétences scientifiques de son époux. Pour Elise, la cadette, la question est plus délicate. C’est l’Angleterre qu’on lui choisit comme terre d’exil, en attendant de pouvoir l’accueillir outre-Atlantique, assortie d’une situation de femme de chambre au manoir de Tyneford. Rien de bien réjouissant de prime abord, car Elise, en parfaite enfant de la bourgeoisie viennoise, ignore tout des tâches domestiques. Elle réussit néanmoins à trouver sa place dans la maison, apprivoise aussi bien le personnel que les maîtres des lieux. Mais sur son nouveau bonheur anglais plane l’ombre de la guerre, qui retient ses parents en Autriche et complique ses amours.

Dans ce roman sont réunis bien des éléments qui auraient pu en faire une pépite. Le contexte historique autant que les deux cadres principaux de l’intrigue (Vienne, puis la campagne anglaise) sont plus que séduisants. L’exil forcé d’une jeune juive, et son adaptation progressive à un univers éloigné du sien, avec tous les obstacles que cela suppose, constituent une base solide pour une histoire passionnante. Et si l’on ajoute un soupçon d’amour au tout, on ne peut qu’espérer passer un agréable moment. Ce fut bel et bien le cas, mais cette lecture laisse une impression d’inachevé. Le personnage d’Elise manque de profondeur pour que l’intrigue prenne vraiment son envol. Certains passages auraient pu être dramatiques (celui où Elise est contrainte de se couper les cheveux, par exemple), et ainsi rendre l’héroïne, de même que son histoire, encore plus touchants.

En dépit de ces bémols, Le manoir de Tyneford reste plaisant à lire. Une forme de roman d’apprentissage qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère de la série « Downtown Abbey » ou, mieux encore, du film « Gosford Park ». Une lecture de vacances, assurément.

Merci Christine !

Le manoir de Tyneford, Natasha Solomons, 2011.

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