Mots-clefs

, ,

couvpourquoietreheureuxTraduction littérale du titre original, cette citation d’un des personnages centraux est un joli résumé de l’ouvrage. En découvrant le titre du livre mystère que m’avait envoyé Sandrion, il m’a semblé parfaitement approprié – la couverture choisie pour cette édition de poche un peu moins.

A l’origine de cette étrange question se trouve la mère de l’auteur, Jeanette Winterson. Celle-ci livre le récit de son enfance aux côtés d’une mère adoptive assez peu normale, pour le coup. Une enfance d’où l’amour parental est absent, où une religion moralisatrice dicte sa loi, où une enfant peut être enfermée dehors par sa propre mère, où cependant les livres et la lecture jouent un rôle salvateur. Devenue adulte et auteur à succès, Jeanette revient sur une vie de lutte perpétuelle, pour trouver sa place dans une famille qui ne l’accepte qu’avec peine, pour imposer ses choix, amoureux notamment, pour mener des études où ses capacités seront reconnues, pour apprendre à être aimée, pour retrouver ses racines.

La souffrance est omniprésente dans ce texte, malgré l’effort de l’auteur pour faire preuve d’optimisme, pour chercher des circonstances atténuantes à ceux qui ne l’ont pas épargnée au cours des ans. Comme il s’agissait d’une lecture en aveugle, j’ai d’abord pensé que j’avais affaire à une fiction. Mais, à mesure que les pages se tournaient, il est devenu évident que c’était un récit autobiographique. Le ton comme l’intensité des émotions révèlent immanquablement la nature du texte.

Les livres, la lecture, l’écriture et tous ceux qui en vivent tiennent une place essentielle dans le récit autant que dans la vie de l’auteur. Et c’est indéniablement ce qui m’a le plus séduite. La littérature est une échappatoire indispensable, et même un  tremplin vers une vie meilleure (les lettres N et O des rayonnages de littérature anglaise assurent par exemple un toit à Jeanette, que sa mère vient de jeter à la rue). Bibliothécaires et professeurs, bien qu’imparfaits, deviennent pourvoyeurs de savoirs et de conseils.

Enfin, le tableau que dresse l’auteur de ces villes du Nord de l’Angleterre, au coeur des années 1970 et 1980, amplifie le caractère dramatique du récit, sans pour autant jouer sur la corde sensible. Les bienfaits et les excès de l’industrialisation sont décrits sans fioritures inutiles, ce qui a su toucher l’amateur d’histoire.

Merci, chère Sandrion, pour cette belle découverte et pour cette expérience qui ouvre de nouvelles perspectives de lecture.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?, Jeanette Winterson, 2011.

Publicités