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couvclubdesincorrigiblesoptimistesPas bien original, ce billet. Un roman beaucoup lu, beaucoup commenté par mes camarades blogueuses comme dans la presse. Mais ce qui m’a finalement décidée à le lire, c’est l’enthousiasme de Christine. Et ce qui m’a fait dévorer ses sept cents et quelques pages en moins d’une semaine, ce n’est rien moins que la coupe du monde de football, qui donne envie d’éteindre la télévision, de se couper de médias obnubilés par le Brésil et ces bonshommes riches à millions pour taper dans un ballon. Une plongée dans les années 1960, aux côtés de Michel Marini, comme un remède à l’overdose brésilienne.

Enfant du baby-boom, bercé par le rock naissant, balloté dans une famille où l’aisance n’empêche ni les déconvenues ni les malheurs, Michel est un grand adepte du baby-foot (argh !). Il aime par-dessus tout se rendre au Balto, place Denfert-Rochereau, où il peut affronter des adversaires de sa trempe. Entre deux parties, il se laisse distraire par une porte au fond de la salle, ornée d’un panneau annonçant le « Club des Incorrigibles Optimistes ». Il ose entrer finalement, et découvre une assemblée d’hommes d’âge mûr occupés à jouer aux échecs ou à lire les journaux. Il passe du baby-foot à l’échiquier, apprend à connaître ces ressortissants de pays d’Europe de l’Est, vaguement réfugiés en France, dans l’attente de papiers, d’un espoir de rentrer et retrouver leurs familles, d’un travail à la mesure de leurs compétences. Il apprend peu à peu à connaître ces hommes et leurs histoires, à apprécier leur optimisme et à s’agacer de leurs petits défauts. Une seconde famille se dessine, auprès de laquelle il vient chercher du réconfort, de l’aide quand son frère se met dans un pétrin noir, des conseils lorsqu’il tombe amoureux. Et ainsi grandit Michel.

Que ce roman est riche ! La galerie de personnages est si développée qu’on pourrait se perdre entre tous ces hommes aux destins quasi tragiques, et qui fournissent autant d’intrigues annexes à celle nouée autour de Michel. L’histoire s’inscrit dans un contexte dépeint avec précision, dans un Paris d’autrefois dont les traces s’estompent peu à peu. Les Parisiens apprécieront les références, à Madame Bonbons (qui a depuis fermé  boutique) ou à la pâtisserie viennoise notamment. La peinture d’une société en mouvement, où la lutte des classes tient toujours sa place, de même que l’arrière-plan historique, plombé par la Guerre d’Algérie et la Guerre froide, donnent du corps à l’intrigue. Il y a bien quelques longueurs par ici ou par là (dues en partie au fait que le parcours de chacun des nombreux membres du Club est raconté avec beaucoup de précisions), mais ce roman mérite son succès. Une belle lecture de vacances pour ceux qui n’ont pas encore succombé.

Le Club des Incorrigibles Optimistes, Jean-Michel Guenassia, 2009.

Merci, Christine !

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