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couvdragonbleutigreblancL’efficacité et le sérieux ne sont pas toujours récompensés comme ils le devraient. L’inspecteur Chen Cao, qui connaît pourtant les limites du système dans lequel il évolue depuis tant d’années, en fait l’expérience. Le voici contraint de quitter la police, et donc  la tête de la brigade des affaires spéciales, pour rejoindre la Commission de réforme juridique de Shanghai. Loin d’être la promotion vantée par ses supérieurs, cette éviction cache mal une intervention en haut lieu pour éloigner Chen d’une affaire sensible. L’ex-inspecteur ne sait pas encore quel dossier lui vaut non seulement une mise au placard, mais menace par ailleurs sa vie et celle de ses proches. Plus isolé que jamais, il entend bien sauver sa tête et identifier l’ennemi à qui il doit ces charmantes attentions. Très vite, ses soupçons le portent à s’intéresser de plus près à un couple très en vue, ainsi qu’à la mort d’un ressortissant américain dans un hôtel shanghaien.

Cette nouvelle enquête du Chen Cao est une des plus noires de la série. Tout le poids de la corruption et tous les faux-semblants de la politique chinoise sont plus visibles que d’ordinaire. L’intrigue s’inspire du scandale Bo Xilai, ce qui accroît encore le malaise du lecteur. L’isolement de Chen, réduit à utiliser des ruses de voyou pour faire aboutir son enquête, permet de rompre avec le canevas des enquêtes précédentes. Les personnages secondaires sont présents, mais ils interviennent différemment. Les ajustements liés à la nouvelle position de Chen renouvellent l’intérêt du lecteur connaisseur de la série. Ils créent une tension dramatique supplémentaire en même temps qu’ils étoffent des personnages récurrents comme Nuage blanc ou Peiquin. Les arts, en particulier la poésie et la musique, tiennent la place essentielle qui leur est habituellement réservée, de même que la cuisine. L’association, parfois un peu difficile, des traditions et de la modernité reste un élément central, comme elle semble l’être dans la Chine contemporaine.

Avec Dragon bleu, tigre blanc, Qiu Xiaolong donne un nouvel élan à son personnage ainsi qu’à la série de romans dont il est le héros. Une fois de plus, en achevant cette lecture, on attend une suite, tant pour connaître le devenir du Chen Cao que pour découvrir plus avant la Chine contemporaine. « Aussi efficace que bien des pamphlets », souligne l’éditeur qui cite Le Monde en quatrième de couverture. Et bien mieux écrit (et traduit) que lesdits pamphlets… par un auteur sympathique, rencontré (avec émotion : cela faisait si longtemps que j’en rêvais…) lors du dernier Salon du Livre.

Dragon bleu, tigre blanc, Qiu Xiaolong, 2013.

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