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couvmauvaisgenreDifficile de passer à côté de cette bande dessinée (à moins de rentrer d’un périple au Turkménistan, comme dirait Keisha…) ou des commentaires élogieux qui pleuvent sur les blogs. Puisqu’elle était disponible à la médiathèque, je n’avais plus d’excuse pour ne pas la lire à mon tour.

Paul et Louise font connaissance au bal, se marient à la veille du départ du jeune homme pour le service militaire. La malchance veut que la Grande Guerre éclate alors que la quille approchait enfin. Dans l’horreur des tranchées, Paul craque, se mutile pour échapper à la boucherie autant qu’à la folie. Et pour être bien sûr de ne pas retourner au front, il déserte. Claquemuré dans la chambre louée par Louise, il dépérit. Jusqu’au jour où il trouve une étonnante parade : se travestir pour retrouver sa liberté. Il devient Suzanne. Peu à peu, il s’enhardit, s’égare parfois et bouscule son couple.

Pour réaliser cette bande dessinée, Chloé Cruchaudet s’est inspirée du travail de deux historiens, Fabrice Virgili et Danièle Voldman. Elle s’est emparée d’une histoire hors-normes, lui a donné corps en imposant son style. Et, pour moi, c’est là que le bât blesse. La vie de Paul et Louise, les mauvaises surprises que leur réserve le destin, leurs choix pour faire face aux situations pénibles, la souffrance de Paul, aussi perturbé par la guerre que par les conséquences du travestissement, sont passionnants à suivre, touchants à lire. Le style graphique de l’auteur, le manque de subtilité de certains propos ou scènes, la faiblesse de l’arrière-plan historique et social (où sont les décors ?) ont cependant gâché mon plaisir. Impossible donc de m’accorder avec le choeur des louanges. Il ressort néanmoins de cette lecture un point positif : elle m’a donné envie de découvrir l’ouvrage qui lui a servi de point de départ, un essai intitulé La garçonne et l’assassin, paru aux éditions Payot.

Mauvais genre, Chloé Cruchaudet, Delcourt / Mirages, 2013.

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