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couvlechapeaudemitterrandSur un coup de tête, Daniel Mercier décide d’aller dîner dans une brasserie parisienne. Alors qu’il déguste son plateau de fruits de mer, se délectant d’une soirée sans femme et enfant, il voit un hôte de marque s’installer à la table voisine. Le président de la République, François Mitterrand en personne, s’assied sur la même banquette qui lui. Quand, au moment de rentrer chez lui, il s’aperçoit que le président a oublié son chapeau, il hésite un court instant avant de s’approprier le couvre-chef. Ainsi coiffé, Daniel Mercier se révèle plus sûr de lui. Il ose, en réunion, une intervention qui lui vaut un avancement professionnel. Les événements se précipitent, et il oublie le chapeau dans un train. Le feutre noir poursuit son chemin, passant de la tête d’une jeune femme qui trouve enfin le courage de rompre avec son amant, à celle d’un parfumeur que l’inspiration semblait avoir fui, et enfin à celle d’un bourgeois conservateur dont la curiosité et la tolérance s’accroissent étonnamment. Quel mystère entoure ce chapeau ? François Mitterrand peut-il accepter sans sourciller la perte d’un tel objet ?

Ce roman, acheté sur un coup de tête dans une bouquinerie bruxelloise, est aussi surprenant qu’agréable. L’histoire, quoiqu’un peu loufoque, flirtant avec l’étrange, est très prenante. Les pérégrinations du chapeau autant que les transformations des personnages qui se retrouvent à le porter touchent la corde sensible du lecteur, titillent sa curiosité et l’invitent à tourner les pages sans se préoccuper du temps qui passe ou du dîner qui commence à brûler dans le four. Un lecteur raisonnable pourra s’interrompre, profitant du passage d’un personnage à l’autre pour créer une respiration dans sa lecture. L’impatient dévorera le roman en une fois, comme en apnée.

Parmi les porteurs du bienheureux chapeau, c’est sans nul doute le dernier, ce bourgeois qui ouvre les yeux sur son milieu et découvre l’art contemporain, qui m’a le plus plu. Avec son histoire, on redécouvre les années 1980 et l’immense bouleversement culturel qui a accompagné le premier mandat de François Mitterrand (la construction de la pyramide du Louvre, le scandale des colonnes Buren…). Ce tableau d’un passé pourtant pas si lointain est brossé avec soin, et donne une certaine profondeur à l’intrigue. Cet homme est par ailleurs l’incarnation d’un espoir, celui que l’ouverture d’esprit peut s’acquérir à tout âge, et d’une confirmation, celle que seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis.

Un achat impulsif qui s’est donc révélé une belle surprise.

Le Chapeau de Mitterrand, Antoine Laurain, 2012.

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