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couvlepelerinageC’est un quartier résidentiel ordinaire, dans un village transformé en banlieue dortoir au cours des années d’après-guerre. M. et Mme Yoshida l’ont trouvé agréable lorsqu’ils ont acheté leur maison. Mais rapidement, ils sont incommodés, comme la plupart de leurs voisins, par les effluves que la chaleur fait s’échapper du monceau d’ordures entassé dans la cour du vieil homme vivant en face de chez eux. Ni les services sanitaires, ni la municipalité ne paraissent à même de régler la question. Les habitants du quartier décident de faire appel aux médias. Alors que la maison incriminée attire de nombreux curieux, certains s’interrogent sur son propriétaire et sur son obsession de l’accumulation. Et le lecteur découvre le parcours de Chuîchi, fils aîné de commerçants, promis à un glorieux avenir et pourtant désormais réduit à vivre au milieu des immondices.

Le choix de cet ouvrage était une forme de pari, car il m’était totalement inconnu au moment où je l’ai croisé chez un libraire. Je cherchais un auteur inédit pour achever le Challenge Ecrivains japonais, et la quatrième de couverture était prometteuse. Force est de constater que ces promesses sont tenues par le roman. La première partie du récit met en scène son héros, Chuîchi, à l’époque contemporaine, alors qu’il fait figure de vieillard mal embouché et particulièrement gênant pour son entourage. Et une fois présentée la situation incommodante pour les voisins, la deuxième partie (qui occupe l’essentiel du roman) revient sur l’enfance et la jeunesse de ce personnage. Au gré de ses désillusions et des mauvais tours que lui joue la vie, on le voit basculer peu à peu, se fermer au monde et se plier à une étrange logique d’accumulation. Les différents épisodes de sa destinée s’inscrivent dans les évolutions sociales du Japon d’après-guerre. Le héros peine à comprendre tous ces changements. Il est comme prisonnier d’habitudes, de traditions qu’entretient sa mère. Sur ses épaules pèse un héritage familial, dont son frère cadet a cependant réussi à se libérer. Et c’est ce même frère qui, alerté par les médias, vient aider Chuîchi à s’extirper de l’embarras dans lequel il s’est progressivement fourré.

Le talent de l’auteur est de faire passer le personnage de Chuîchi du statut de vieil acariâtre entêté à celui d’un vieil homme dépassé par les événements. Il décrit avec les mots justes l’incapacité de certains à évoluer au même rythme que leur époque. L’importance des traditions dans une société est au coeur du roman. Doit-on les considérer comme de précieuses reliques des siècles passés ou comme des poids inutiles dont il faut se libérer pour avancer ? La position d’aîné est elle aussi interrogée dans ce contexte. Il s’agit là de thèmes déjà croisés chez d’autres auteurs nippons, mais Osamu Hashimoto les présente avec une grande sensibilité qui ne peut manquer d’émouvoir le lecteur.

Cette dernière lecture de l’année dans le cadre du Challenge Ecrivains japonais a donné lieu à une belle découverte. Et je ne pourrais qu’encourager mes camarades dans ce défi à explorer ce roman.

Le Pèlerinage, Osamu Hashimoto, 2009.

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