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couvoutPour le mois d’octobre, c’est Natsuo Kirino qui est au programme du challenge Ecrivains japonais. De cet auteur j’avais déjà lu Monstrueux et Le vrai monde. Et dans ma PAL se trouvait Out.

Elles sont quatre, employées dans une usine où sont préparés des plateaux-repas vendus en supermarché. Ces femmes ne sont pas vraiment heureuses, entre un travail de nuit répétitif et une vie de famille peu réjouissante. Des ennuis d’argent, des liens conjugaux loin d’être satisfaisants, des rêves abandonnés. Le peu de soutien sur lequel elles peuvent compter est dans le lien qu’elles ont réussi à créer au travail, dans les quelques minutes qu’elles s’accordent au petit matin, le temps d’une discussion autour du thé. Et quand l’une d’elles craque, assassinant son époux, elle se tourne tout naturellement vers ses collègues. Masako, Yayoi, Yoshié et Kuniko, en devenant complices, voient leur destin prendre un sens inattendu. Non seulement ce voisinage avec la mort remet en cause leurs certitudes, leur vision de la vie, mais il attire sur elles les foudres du truand accusé à tort de ce meurtre. Sataké Mistsuyoshi, qui a autrefois massacré une femme, n’a de cesse de faire payer les quatre collègues pour avoir ruiné la nouvelle vie péniblement bâtie à sa sortie de prison.

Alors que le meurtre intervient rapidement, de même que la présentation de tous les personnages, il faut attendre la moitié du roman pour que l’opposition entre les quatre femmes et le truand ne se mette vraiment en place. Natsuo Kirino fait preuve d’une grande adresse dans la construction de l’intrigue. Les points de vue alternent à chaque chapitre, ce qui évite l’ennui. Quand bien même l’avancée de l’histoire est assez lente, ce choix de narration apporte moult éléments nécessaires à la compréhension des motivations de chacun comme des évolutions possibles de l’intrigue. On ne peut pas dire qu’il y a de véritables rebondissements, car le lecteur dispose de nombreuses clés pour anticiper les avancées de l’histoire, les confrontations entre les personnages. Pas de suspens à proprement parler (il ne s’agit d’ailleurs pas d’un roman policier, puisqu’il n’y a pas d’enquête au sens strict), mais plutôt une tension permanente, qui pousse à tourner les pages afin de connaître le dénouement.

Une fois encore, c’est une vision très noire de la société nippone que présente Natsuo Kirino. La déliquescence des liens familiaux, le recul des valeurs anciennes, le piège des organismes de crédit, la place des femmes, les activités de la vie nocturne, la cruauté associée à la bêtise, sont des thèmes récurrents dans les romans de l’auteur. Vient s’y ajouter la question de l’immigration, symbolisée par le personnage de Kazuo, mi-brésilien mi-japonais, incapable de s’intégrer dans la société nippone. L’ensemble est dérangeant, pessimiste quant à la nature humaine. Il est heureux que le personnage de Masako apporte la touche d’espoir indispensable à cette histoire.

Il s’agit sans doute du plus riche et du mieux construit des romans de Natuso Kirino que j’ai lus jusqu’à présent

Une lecture agréable, à mettre au crédit du challenge organisé par Adalana. A l’affiche le mois prochain, un auteur qui fait partie de mes chouchous, Hiromi Kawakami !

Out, Natsuo Kirino, 1997.

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