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couvlesnewyorkaisesLa famille Manford vit dans le sillage de Pauline, figure matriarcale de la Belle Epoque. Organisée à l’extrême, soucieuse de faire bonne figure – et si possible moins que son âge – Pauline entend régenter son petit monde, à savoir ses deux maris (l’actuel et l’ancien), son fils et sa fille, sans oublier sa bru. De dîners mondains en  sociétés de charité, des mains de sa coiffeuse à celles du gourou à la mode, chaque minute de son temps est comptée. Dans cette vie parfaitement réglée quelques imprévus viennent cependant semer le trouble. Un scandale autour de son guérisseur attitré, la crainte de voir Lita, capricieuse bru, épouser une carrière à Hollywood en même temps que demander un divorce, et les désidératas d’une cousine éloignée mettent en péril le fragile équilibre familial. Toute la bonne volonté du monde et un séjour à la campagne seront-ils suffisants pour éviter de perdre la face ?

A mesure qu’on avance dans la lecture de ce roman, le titre français perd de sa pertinence. Les femmes ne tiennent pas seules le devant de la scène : elles laissent une place importante aux hommes de la famille, en particulier dans les toutes dernières pages. On peut se demander par quelle opération du Saint-Esprit de la traduction Twilight Sleep est devenu Les New-Yorkaises. Induite en erreur par ce titre, j’ai eu quelques difficultés à entrer dans le roman, d’autant plus que les personnages sont loin d’être attachants (à l’exception de Nona Manford, peut-être). Le propos est pourtant intéressant : les péripéties de la famille Manford sont surtout le prétexte pour dresser un portrait de la bourgeoisie new-yorkaise. Ses préoccupations, son quotidien, ses paradoxes, rien n’est oublié. On aurait pu croire que l’argent était une clé du bonheur. Que nenni ! ces personnages semblent sans cesse insatisfaits, prisonniers qu’ils sont du rôle qu’une société bien pensante leur a fixé, d’un carcan de règles tacites qu’ils ne parviennent à briser sous peine de tomber de leur piédestal. Il est manifeste qu’Edith Wharton ne portait guère dans son coeur ce petit monde. Désillusions et pessimisme l’emportent, jusqu’au dénouement. Mieux vaut donc avoir le moral au beau fixe pour se lancer dans cette lecture.

Les New-Yorkaises, Edith Wharton, 1927.

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