Mots-clefs

,

couvlesamandesameresDavantage par compassion que par réel besoin, Edith accepte d’embaucher Fadila pour quelques heures de repassage hebdomadaires. Comme elle travaille à domicile, Edith a, de temps à autre, l’occasion de discuter avec Fadila, de remarquer les hauts et les bas de son moral. Elle découvre ainsi que son employée, sexagénaire, ne sait ni lire ni écrire. Sans trop réfléchir, elle propose de lui apprendre. Débute alors pour les deux femmes un parcours du combattant, en même temps que se noue une forme d’amitié. Les progrès de Fadila sont irréguliers. La confiance d’Edith s’effrite quand son élève oublie ce qu’elle semblait avoir acquis quelques jours plus tôt. Mais elle essaie de tenir bon, pour donner une chance d’avancer à cette femme que la vie n’a jamais gâtée.

Après Au Bon Roman et Le mobilier national (pour lequel je n’ai pas eu le courage de rédiger un billet), Laurence Cossé continue de m’étonner. Cet auteur est capable, sur des sujets très variés, de retenir l’attention du lecteur, de rendre ses personnages attachants et d’oser autre chose que le happy end. Comme souvent dans ses romans, les personnages principaux sont animés de bonnes intentions, prêts à se plier en quatre pour atteindre l’objectif qu’ils se sont fixés. Mais ils ne sont pas parfaits. Ils doutent, ont des sautes d’humeur, des envies de facilité, des regrets. Fadila, avec son parcours chaotique, incarne le mal-être de certains immigrés, pleins de bonne volonté, mais sans cesse entravés par le poids des origines, d’un passé qui ne leur a pas fait de cadeau. Laurence Cossé porte au grand jour la question de l’illettrisme et de l’analphabétisme. Elle montre du doigt les carences du système français pour aider les adultes qui souhaitent surmonter cette difficulté. Elle pousse à s’interroger sur les différentes méthodes d’apprentissage, renvoyant dos à dos les tenants irréductibles de l’une ou l’autre des grandes écoles. On ne sort pas indemne de cette lecture, qui pousse à considérer la société d’un oeil nouveau.

Merci, Gwenn, de m’avoir offert ce beau roman.

Les amandes amères, Laurence Cossé, 2011.

Publicités