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couvmonsieurlooLe sous-titre de cet ouvrage (« Le roman d’un marchand d’art asiatique ») a vraisemblablement trompé les libraires ! C’est en effet au beau milieu des romans que j’ai déniché cette biographie.

Ching Tsai Loo (C.T. Loo) est né à la fin du XIXe siècle. Il arrive dans les bagages de son patron, affilié à l’ambassade de Chine à Paris. Pour couvrir des dépenses destinées à aider les étudiants chinois en France et ses activités politiques, le patron de C.T. Loo développe un commerce d’objets chinois. Son employé, qui s’accoutume vite à la vie parisienne, s’intéresse tout particulièrement aux Antiquités. Et c’est cette activité qu’il choisit lorsqu’il se risque à voler de ses propres ailes. A la galerie qu’il ouvre à Paris en 1908 s’ajoutent rapidement celle de Londres, puis celle de New York.

Très accommodant avec ses clients potentiels, fort d’un important réseau de rabatteurs en Chine, C.T. Loo devient une des principales figures de l’art asiatique pendant l’entre-deux-guerres. Il n’hésite pas à prendre quelques risques pour faire sortir de son pays natal des trésors (des stèles du mausolée de Taizong, qui continuent de faire couler de l’encre en Chine, notamment).

L’avènement du communisme sonne le glas de la brillante carrière de C.T. Loo, qui laisse derrière lui de fort belles donations à des musées réputés, en particulier au Musée Guimet. A Paris demeure aussi la pagode qu’il a fait construire pour servir de lieu d’exposition comme de domicile (elle a connu une restauration et est de nouveau ouverte au public, pour des expositions temporaires, depuis l’automne 2012 ; un article de blog consacré à la pagode ici).

La vie de C.T. Loo peut effectivement s’apparenter à un roman, avec des rebondissements nombreux, des personnages passionnés et passionnants (l’épouse de Chiang Kai-shek, par exemple). Toutefois, il est manifeste que Géraldine Lenain s’est donné pour objectif principal de faire connaître un homme aujourd’hui méconnu, à la fois en raison de l’oubli lié aux années qui passent et de ses efforts pour brouiller les pistes quant à ses origines. Elle s’efforce de présenter autant l’homme d’affaires que le mari et le père de famille : sphères privées et professionnelles s’entremêlent au fil de la biographie. Le travail est très documenté, et les citations de documents privés ou de journaux sont nombreuses. L’ouvrage, agrémenté de photographies, se lit agréablement. Il est néanmoins dommage que des répétions apparaissent (parfois un ou des paragraphes entiers, qui laissent penser que la relecture n’a peut-être pas été très précise).

Un ouvrage qui saura séduire les amateurs d’arts asiatiques, mais qui pourrait décevoir les lecteurs pensant se plonger dans un roman.

Monsieur Loo, Le roman d’un marchand d’art asiatique, Géraldine Lenain, 2013.

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