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couvlamerlematinDeux femmes et leurs fils. L’une vit en Lybie, où la révolution de 2011 fait d’elle une veuve. L’autre vit en Italie, déracinée après l’expulsion, en 1970, des anciens colons par le nouveau gouvernement de la République libyenne. Pour assurer un meilleur avenir à son fils, loin de la guerre civile, Jamila s’embarque sur une coque de noix à destination de l’Italie. Angelina, qui voit son fils déjà grand lui échapper, se remémore le séjour à Tripoli, quand le régime dictatorial a rouvert ses portes aux familles chassées trente ans plus tôt.

Des deux côtés de la Méditerranée, ces deux femmes sont ballotées par les soubresauts de l’Histoire, par des décisions qui les dépassent. Leurs trajectoires respectives ne se croisent pas vraiment, pourtant elles ont en commun l’attachement à une même terre, l’espoir de trouver une réponse à leurs questions sur l’autre rive. L’une mise sur un avenir meilleur, quand l’autre s’attache à un passé idéalisé. Au travers de ces deux destins, l’auteur exprime toutes les souffrances de l’exil. Elle dit, avec autant de talent que de retenue, les attentes déçues, l’intolérance, le déchirement, la violence même de ces situations que l’Histoire se plaît à répéter. Elle met aussi en valeur des événements méconnus, ceux qui soldent la tentative de colonisation italienne en Libye.

Le roman est très court, et c’est pour le mieux. Le texte est dense, le récit intense. La retenue ne fait qu’accentuer le malaise du lecteur. Des allusions éludent fort à propos les éléments qui auraient pu faire basculer l’ensemble dans un registre plaintif. Un très bel ouvrage donc, d’un auteur qui sait toujours toucher son lecteur. Merci à Manue, qui me l’a offert.

La mer, le matin, Margaret Mazzantini, 2011.

Emmaüs

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