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couvpintadesmoscouDans cette collection très particulière (qui a bientôt 10 ans…), je m’aperçois que j’ai lu avec beaucoup de plaisir les volumes consacrés à New York, Londres, Téhéran et Berlin. Si celui sur Madrid ne m’a pas fait plus envie que cela, il a été impossible de résister à Moscou.

De la Russie et de Moscou, les médias renvoient une image oscillant entre l’admiration pour la glorieuse époque des tsars et le malaise face aux scandales et injustices liés à un régime qui n’a de démocratie que le nom. Difficile de se faire une idée juste de ce qu’est la vie dans la capitale russe, des évolutions sociales des deux dernières décennies.

Madeleine Leroyer, journaliste, propose, en onze chapitres, un tableau de Moscou, où elle vit depuis 2008, en même temps qu’un portrait de ses habitantes. Elles sont femmes avant tout, libérées du carcan soviétique : de la traque pileuse à la passion pour les ongles peints ou les talons aiguilles, leurs secrets de beauté sont éventés. Travailleuses, ambitieuses, mais aussi mères, les Moscovites doivent jongler pour se faire une place dans une société qui n’en finit pas de se recomposer. Entre un hier peu glorieux et un avenir pas toujours rassurant, elles font cohabiter sans complexe les traditions de leurs grand-mères (visites au banya – le bain de vapeur russe – et attachement renouvelé à la religion) et les atouts du monde moderne (allers-retours en avion pour un week-end de shopping dans les capitales européennes, import de couches-culottes nippones).

Dans ce nouveau titre de la collection, l’élément qui m’a une fois encore le plus intéressée est l’approche sociologique. L’auteur réussit, en peu de pages, à donner à la lectrice européenne une idée assez claire de la condition féminine dans la capitale russe. Les habitudes (misogynes) et les préjugés ont la vie dure. Le poids de l’héritage soviétique autant que des changements opérés à partir des années 1990 ont finalement peu amélioré le sort des femmes. Malgré une débauche de cadeaux en tout genre chaque 8 mars, le harcèlement reste une notion inconnue dans les entreprises et concilier vie professionnelle et maternité reste un casse tête. Pourtant les femmes ont été parmi les premières à se jeter dans la bataille de la modernisation du pays lorsque le système soviétique s’est effondré. Dans une société où les inégalités demeurent une règle immuable, être une pintade à Moscou n’est pas de tout repos. Madeleine Leroyer réussit avec talent à mettre en valeur la ténacité de ces femmes qui cherchent par tous les moyens à se construire une vie meilleure, bien droites sur leurs talons aiguilles.

Une vie de pintade à Moscou, Madeleine Leroyer, 2012.

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