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couvecrivainvraiL’International Book Prize est le couronnement de sa carrière. Gary Montaigu n’en revient pas. Tout à la joie de se voir ainsi célébré, il ne résiste guère à son épouse qui entend bien faire fructifier cette gloire toute neuve. Et le voici propulsé vedette de téléréalité. L’émission suit au quotidien son travail d’écrivain, invite les téléspectateurs à intervenir, à donner leur avis sur l’intrigue du roman qu’il écrit sous leurs yeux. Elle s’insinue dans sa vie privée aussi, créant de toutes pièces une romance avec une jeune journaliste. Un an plus tard, Gary, immobilisé sur un fauteuil roulant, reste enfermé dans son bureau qui lui sert de chambre, n’écrit plus que sous la contrainte et refuse d’apparaître en public. L’émission n’a jamais été conclue, et le producteur se fait pressant. Ruth, l’épouse ambitieuse, s’inquiète pour son train de vie autant que pour la carrière de Gary. Comment la situation a-t-elle basculé en quelques mois ? Qu’est-il arrivé à l’écrivain au faîte de la gloire ?

C’est ce que le lecteur découvre peu à peu, au gré de chapitres qui font alterner les deux périodes de la vie de Gary, celle du succès littéraire et télévisuel, et celle de la retraite. A mesure que se tournent les pages, les deux époques se rapprochent, et les difficultés auxquelles Gary fait face s’expliquent. Le propos devient de plus en plus virulent. La destinée du personnage principal est l’occasion de pointer les aberrations de la société contemporaine, le rôle de l’écrivain, et plus généralement de l’artiste, en son sein, la démagogie de programmes de téléréalité donnant l’impression au quidam inscrit sur les réseaux sociaux qu’il est à même d’émettre un avis pertinent sur quelque sujet que ce soit. Les « partages », les votes sous la forme simpliste d’un « j’aime » ou « j’aime pas », le conformisme intellectuel et le mauvais goût remettent en question la liberté de créer de l’artiste, le font douter. Pia Petersen n’est pas tendre avec le monde moderne et les moyens de communication qui pullulent. Elle offre matière à une réflexion profonde sur le métier d’écrivain comme sur l’usage des médias. Son roman ne peut laisser indifférent. Il serait d’utilité publique de le mettre dans un grand nombre de mains…

« Il songea qu’il était dans un état intermédiaire et que c’était curieux. Lui, un homme heureux et qui errait dans New York parce qu’il était en colère et il ne savait pas pourquoi. Ou plutôt il le savait très bien, il n’était plus compatible, voilà tout. C’était un sacré problème, le genre sur lequel devaient se pencher les penseurs pour comprendre comment une société passait d’un monde à un autre, pour comprendre cette transition afin de ne pas courir directement vers une fin d’humanité franchement effrayante. C’était ringard de chercher sa liberté. Avec les nouvelles applications technologiques qui localisaient chaque individu, tout le monde pouvait suivre tout le monde par téléphone. »

Un écrivain, un vrai, Pia Petersen, 2013.

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