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couventrefleuvetforetSous ce titre se cache la deuxième partie du récit de voyage de Patrick Leigh Fermor, entamé avec Le temps des offrandes. Le lecteur avait laissé le narrateur-voyageur aux portes de la Hongrie, et c’est là qu’il le retrouve. A ses côtés, pendant un peu plus de trois cents pages, il arpente l’Europe centrale, de Budapest aux confins des Carpates et de la Yougoslavie, à l’ombre des forêts de Transylvanie et au fil du Danube.

Cette partie du voyage est essentiellement consacrée à une exploration de la Roumanie, un pays que redoutait l’auteur et qui est parvenu à le séduire. Les pérégrinations de Patrick Leigh Fermor suivent deux modes distincts. Si le début du séjour est largement marqué par des haltes prolongées chez des amis ou des connaissances rencontrées lors des premières étapes du voyage, la seconde prend des airs de retour à la nature. Hébergé par des hobereaux de province, quand il ne s’agit pas de familles d’une noblesse avérée, l’auteur prend plaisir à une vie de lotophage, comme il aime à la nommer. Repas de gourmets, exercices sportifs, promenades, visites de monuments, le tout en charmante compagnie, constituent largement la première partie du récit. Les préoccupations historiques et linguistiques demeurent, même si l’auteur semble plus insouciant, se laissant aller à une amourette. Il délaisse pour un temps la marche, et accepte volontiers de chevaucher le destrier mis à sa disposition , avant de céder à la tentation d’un périple en automobile au coeur de la Roumanie. Mais dès lors qu’il retrouve ses souliers ferrés et son bâton de marche, Patrick Leigh Fermor plonge dans les forêts et renoue avec une nature plus sauvage, arpentant un relief plus escarpé, partageant le repas des pâtres montagnards. Son intérêt pour les populations des régions qu’il traverse se réveille. Et de nouveau il quitte le lecteur alors qu’il vient de découvrir les Portes de Fer, à deux pas de la frontière yougoslave.

Le charme du premier volume continue d’opérer. Le style de l’auteur, sa préoccupation des détails historiques, de la toponymie, des particularités linguistiques sont toujours très présents. Le jeune homme insouciant semble néanmoins mûrir un peu : il décrit avec davantage de recul les rencontres qu’il fait. Il se laisse emporter par toutes les découvertes qui s’offrent à lui, et paraît moins obsédé par le nombre de kilomètres avalés, par le but de son voyage. Il savoure le moment présent. Et le rythme du texte s’alanguit, l’excursion se faisant flânerie, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Ce récit de voyage est sans doute un des plus beaux qu’il m’ait été donné de lire. J’attends avec impatience la publication du troisième volume – malheureusement incomplet – à l’automne. Et je guette une bonne occasion d’acquérir Entre fleuve et forêt, à moins que les éditions Payot ne prévoient de le rééditer, car une place lui est d’ores et déjà réservée dans ma bibliothèque.

Entre fleuve et forêt (A pied jusqu’à Constantinople : du Moyen Danube aux Portes de Fer), Patrick Leigh Fermor, 1986.

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