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couvsoshockingLa reine des lectrices, du même auteur, m’a laissé un excellent souvenir. En prévision du mois anglais, j’avais donc ajouté à ma PAL ce petit ouvrage.

Sous ce titre étonnant se cachent deux courtes histoires, qui ont pour point commun des héroïnes d’âge mûr se trouvant confrontées à des situations peu orthodoxes

Dans « Mrs Donaldson sort du placard », l’auteur met en scène une veuve quarantenaire qui, pour faciliter les fins de mois, cumule une activité quasi artistique à l’hôpital (elle incarne des patients devant un groupe d’apprentis médecins censés mettre un nom sur les maux qu’elle simule) et celle de logeuse. Si elle prend plaisir à jouer la comédie médicale, où elle fait preuve d’un talent surprenant, elle a bien plus de difficultés à s’imposer face à ses locataires, peu soucieux de régler leur dû en temps voulu. Et elle se trouve plus désarçonnée encore lorsqu’ils lui proposent un arrangement pour le moins insolite afin de la dédommager. Mrs Donaldson est-elle finalement la femme guindée que chacun croit connaître ?

« Mrs Forbes reste à l’abri » se concentre moins sur le personnage qui donne son nom au texte. Autour de cette épouse très attachée au « qu’en dira-t-on », gravitent son mari, son fils, Graham, et sa belle-fille, Betty. Le coeur du problème est le mariage de Graham, un jeune homme au joli minois, dont l’orientation sexuelle doit être à tout prix cachée à Mrs Forbes, déjà peinée qu’il ait choisi pour convoler une femme plus âgée et assez peu gracieuse. Cherchant à épargner la sensibilité de Mrs Forbes, chacun des protagonistes s’efforce néanmoins de tirer son épingle du jeu. Et dans cette entreprise, le plus malin n’est pas forcément celui que l’on pense…

Ces deux textes, sans être exceptionnels, se laissent lire. Les situations proposées  ont un fort potentiel comique, et offrent maintes possibilités de rire des travers de la société britannique. Il s’avère cependant que l’auteur force un peu trop le trait : la caricature en devient grossière, donc moins pertinente. On pourrait croire qu’il souhaitait absolument à exploiter le titre de l’ouvrage, et donc à choquer le lecteur. Dans le cas de Mrs Donaldson, il est intéressant de voir comment le veuvage peut être une libération, comment la maturité peut se révéler bien plus plaisante à vivre que la jeunesse. Les exploits théâtraux auraient presque pu suffire à nourrir le texte. Quant au second texte, c’est finalement le personnage de Betty qui est le plus intéressant. La chute, et la révélation finale sur Mrs Forbes, arrivent comme un cheveu sur la soupe.

Cet ouvrage m’a donc légèrement déçue. La finesse et la retenue de La reine des lectrices, qui étaient les atouts du texte, sont ici absentes. Cette lecture est de celle qui ne laissent pas de souvenirs durables, de ces montagnes qui accouchent de souris.

So shocking !, Alan Bennett, 2010-2011.

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