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couvtempsdesoffrandesC’est grâce à Keisha que ce titre est arrivé dans ma LAL. Un petit tour chez G*b*rt plus tard, il était dans ma PAL. Cette lecture fut un tel bonheur que j’ai décidé d’en faire le premier billet du mois anglais, qui s’ouvre aujourd’hui sur de nombreux blogs.

Patrick Leigh Fermor, l’auteur de ce récit de voyage, a dix-neuf quand il décide de s’embarquer pour une traversée de l’Europe à pied. Après une enfance et une adolescence chaotiques, et un projet d’engagement militaire avorté, le jeune Patrick entreprend, sur un coup de tête, un périple au long cours qui doit le conduire jusqu’à Istanbul (Constantinople pour les amoureux des temps plus reculés).

Il débarque donc, sac au dos, à Rotterdam, en décembre 1933. A un rythme assez soutenu dans un premier temps, il longe le Rhin, qui le conduit des Pays-Bas en Allemagne, puis, plus lentement, le long du Danube, en Autriche et même, au prix d’un petit détour, en Tchécoslovaquie. Ces premiers mois de voyage sont essentiellement faits de journées de marche sur des routes et des chemins enneigés (renonçant, autant que faire se peut, au confort des voitures et des bateaux), de rencontres avec des habitants du cru autour d’un verre, d’interrogations sur l’histoire et les traditions des contrées traversées, de progrès linguistiques. En guise de récompenses, après des moments plus éprouvants, surgissent régulièrement des haltes chez des amis ou de vagues connaissances, à la fois curieux et étonnés de l’entreprise du jeune homme. Celui-ci prend alors un immense plaisir à séjourner dans de forts jolies demeures, auprès d’hôtes aussi bienveillants que cultivés, mettant à sa disposition leurs bibliothèques et leurs carnets d’adresses, en vue d’étapes futures.

L’auteur, qui rédige ce récit quarante ans après son voyage, insiste davantage sur les particularités géographiques et historiques, mais aussi sociologiques, et presque ethnographiques parfois, des régions visitées. Les préoccupations contemporaines, en particulier politiques, le soucient peu. Il s’inquiète un tantinet de l’avis des Allemands sur le nazisme, fraîchement conduit au pouvoir par la voie des urnes. Il ne s’attache guère, en revanche, à l’ébauche d’insurrection socialiste qui secoue Vienne en février 1934. Son séjour viennois tient pourtant une place importante dans le voyage, car le petit pécule envoyé par sa famille tarde à arriver à l’ambassade britannique, ce qui le contraint à chercher des revenus en proposant ses services de portraitiste. Le tableau que Patrick Leigh Fermor dresse de la ville et de ses habitants est une invitation à se replonger dans les textes de Stefan Zweig.

Mais c’est au-delà de Vienne que débutent les véritables découvertes pour le lecteur britannique, ou même français. L’Europe orientale est souvent méconnue, et c’est un enchantement de la parcourir par procuration, d’apprendre des bribes de son histoire, qui sont autant de nouvelles tentations, en termes de lectures comme de voyages. A peine le lecteur commence-t-il à s’immerger dans cette atmosphère aux relents exotiques que s’achève ce premier volume, aux portes de la Hongrie.

Le style de l’auteur autant que son propos, où l’érudition demeure, avec une élégance et une retenue toutes anglaises, humble quoique toujours parfaitement documentée, se sont révélés si plaisants que je viens d’achever le deuxième volume, qui fera l’objet d’un billet prochain.

Le temps des offrandes, Patrick Leigh Fermor, 1977.

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