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couvkyokoCe mois-ci encore, le challenge « Ecrivains japonais » m’a portée vers un auteur dont le nom ne m’était pas inconnu, mais dont je n’avais pas encore exploré la bibliographie. Il faut dire que le petit monde littéraire de ce Murakami, prénommé Ryû (à ne pas confondre avec Haruki), ne m’attirait guère. Il est en effet assez sombre, et fait la part belle à la violence et aux dérives en tous genres. Je me suis donc efforcée de sélectionner un titre parmi les plus sobres, pour mettre toutes les chances de faire une lecture qui me plairait.

De son enfance, Kyoko a conservé deux souvenirs plus marquants que les autres : les barbelés du camp militaire américain qu’elle longeait pour aller à l’école, et José, le G.I. qui l’a initiée à la danse. Voici qu’à vingt et un ans, elle a économisé suffisamment d’argent pour lui rendre visite aux Etats-Unis. Les retrouvailles sont moins joyeuses qu’elle ne l’espérait. Après quelques péripéties et rencontres, Kyoko finit par se trouver face à un José fort mal en point, qui a pour seul rêve de retourner à Miami auprès de sa famille. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme lui propose d’exaucer son voeu, en remerciement des leçons de danse qui ont autrefois illuminé son enfance.

Le périple de Kyoko, de New York à Cuba, est un récit polyphonique. Le point de vue de la jeune femme est assez anecdotique, présenté sous la forme d’ « intermèdes » dans l’intrigue. Ce sont les personnages, souvent hauts en couleur, qu’elle rencontre, qui racontent l’histoire. Les points de vue se succèdent, parfois se complètent, pour décrire les différentes étapes d’un voyage qui prend des airs de récit initiatique. Kyoko est toutefois l’héroïne incontestée car elle est celle qui donne les impulsions nécessaires à l’avancée de l’intrigue, mais surtout en raison de sa capacité à subjuguer tous ceux dont elle croise le chemin. Sa douceur tout autant que sa détermination en font un personnage auquel il est difficile de résister.

L’arrière-plan comme le contexte du roman sont caractéristiques du début des années 1990, en particulier pour le discours tenu sur le sida. Il est manifeste que l’auteur a cherché à ancrer solidement son intrigue aux Etats-Unis, et ses efforts pour rendre son propos vraisemblable sont souvent très visibles  : un peu trop d’expressions américaines destinées à faire « couleur locale », des personnages aux traits un tantinet trop appuyés peut-être, qui flirtent parfois avec la caricature.

Il n’en demeure pas moins qu’on se laisse aisément embarquer par cette histoire, qu’on s’inquiète pour José comme pour Kyoko, qu’on s’amuse de détails (le troc abat-jour contre cours de mambo, notamment). Il n’est pas certain que Ryû Murakami fera partie de mes auteurs japonais favoris, mais cette lecture s’est révélée plus agréable que je ne l’aurais cru.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2000, sous la direction de l’auteur lui-même. Le film, intitulé « Dance with me » ou « Because of you », ne me tente néanmoins pas plus que cela.

Kyoko, Ryû Murakami, 1995.

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