Étiquettes

,

couvsoleilcouchantJusqu’à présent le challenge Ecrivains japonais m’avait avant tout donné une bonne excuse pour continuer à explorer la bibliographie d’auteurs que j’avais déjà lus. Ce mois-ci cependant, il m’a permis de découvrir un auteur dont le nom m’était vaguement connu. Ayant étudié son oeuvre, je m’arrêtai d’abord sur La femme de Villon, mais ce titre s’avéra un peu difficile à dénicher. Soleil couchant, un de ses ouvrages les plus connus, s’est alors imposé de lui-même.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, une veuve et sa fille, Kazuko, qui fait office de narratrice, sont contraintes de quitter leur maison de Tôkyô. Le conflit a englouti une grande part de leur fortune, dont il reste tout juste assez pour acquérir une maison à l’extérieur de la ville, dans une contrée montagneuse, et pour vivre chichement. Quand le frère de Kazuko, Naoji, revient du front la vie de cette famille aristocratique se complique encore. La dépendance du jeune homme à l’opium puis à l’alcool entraîne de telles dépenses que les deux femmes doivent vendre une partie de leur garde-robe.

Le récit de Kazuko traduit son inquiétude de voir Naoji mettre en péril le fragile équilibre qu’elle avait reconstruit pour sa mère très affaiblie par la maladie. Il expose sa propre situation, celle de femme divorcée, qui aspire à donner la vie sans subir à nouveau les contraintes du mariage. Elle met en exergue les difficultés de ces familles déchues au lendemain de la guerre. Privés de leurs richesses, hommes comme femmes peinent à trouver leur place dans une société qui se reconstruit tant bien que mal. Le testament de Naoji, retranscrit par sa soeur, est particulièrement explicite. Il montre combien il est difficile d’être exclu de son ancien cercle de connaissances, tandis qu’aucun autre n’est prêt à vous accueillir, par méfiance ou par mépris. Les membres de cette famille sont comme inadaptés aux évolutions que le cours du temps leur impose. Aspirant à des idéaux, nés de lectures ou hérités d’habitudes anciennes, ils parviennent péniblement à se plier aux exigences prosaïques de la vie.

Cette réalité sociale, dépeinte avec beaucoup de retenue, a donné naissance à une expression semble-t-il courante au Japon pour désigner les membres déchus de l’aristocratie, que l’on nomme « les gens du soleil couchant ». Il ne s’agit donc plus seulement d’une oeuvre de fiction. Ce roman est une porte ouverte sur l’histoire sociale du Japon, qui permet de comprendre un peu mieux le fonctionnement de hiérarchies, de codes et de coutumes méconnues des Occidentaux. Ce fut donc une lecture passionnante à double titre, quand bien même le style d’Osamu Dazai ne m’a pas emballée outre mesure.

Soleil couchant, Osamu Dazai, 1947.

logo-c3a9crivains-japonais_1

Publicités