nox2Dans la ville basse, aucune lumière naturelle ne parvient à percer l’épais brouillard baptisé la « nox ». Les hommes qui vivent là ont développé mille et une astuces pour s’éclairer ou se déplacer. Ils pédalent, s’équipent de chenillettes permettant d’accumuler de l’électricité, se guident grâce à leur odorat ou au gré de cordes déroulées au long des rues. A dix-sept ans, Lucen maîtrise parfaitement les arcanes de ce monde qui est le sien. Il en connaît les règles, mais les accepte parfois difficilement. Sur le seuil de l’âge adulte, il voit ses amis de toujours faire leurs choix, s’engager, dans une société qui n’apprécie guère la neutralité et l’indécision. Lui-même se cabre face aux attentes de ses parents, leur tient tête quand il s’agit de mariage, se hasarde à des amitiés interdites et à de périlleux séjours dans la ville haute, où le soleil se lève chaque matin.

Entrer dans un roman d’Yves Grevet, c’est comme s’embarquer pour un voyage de découvertes. Les mondes qu’il imagine sont d’une extraordinaire richesse. Les détails du quotidien, ceux qui rendent un univers vraisemblable, foisonnent. Ils donnent de l’épaisseur au récit, toujours admirablement construit. Le lecteur avance pas à pas dans l’intrigue, se délecte chemin faisant des descriptions qui bâtissent le décor. Les personnages, quoiqu’adolescents pour la plupart, ont des personnalités complexes, loin des stéréotypes un peu niais qui peuplent nombre d’oeuvres pour la jeunesse. Chacun porte son lot de malheurs, nuancé par une lucidité optimiste et une étonnante volonté. Lucen et ses amis dans l’ombre, comme Ludmilla et ses camarades dans la lumière, sont ceux qui racontent l’histoire. Les points de vue se croisent, et parfois se superposent. Plusieurs moments clés sont en effet présentés par différents personnages successivement. La tension monte tout au long de ce premier tome, et on abandonne Lucen dans une situation fort précaire à la dernière page.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs assidus d’Yves Grevet, le second tome a  paru voici une semaine. Et compte tenu de la morosité qui s’est récemment emparée de l’hôte de ce salon, un petit tour en librairie était une nécessité absolue. Nox – Ailleurs (2) a rejoint ma PAL, mais ne devrait y faire qu’un court séjour, ma curiosité et mon intérêt pour le travail d’Yves Grevet ayant été accrus par sa visite dans l’établissement où je sévis. Grâce aux bons offices de ma très chère Gwenn, les élèves ont pu poser toutes leurs questions à un auteur aussi patient que passionnant à écouter. Et les professeurs de savourer ce moment d’exception…

Nox – Ici-bas (1), Yves Grevet, 2012.

Et n’oubliez pas d’aller jeter un oeil au fabuleux Meto ou à L’école est finie

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