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couvlesséparéesA peine ébauchée à l’école maternelle, construite au collège, consolidée à l’âge adulte, l’amitié entre Cécile et Alice semblait indestructible. Pourtant les deux femmes se sont éloignées, puis perdues de vue à l’approche de la maturité. Elles ont à peine cinquante ans et, pour des raisons différentes, cherchent à faire le point sur le lien qui les a unies. Alice fait face à des changements de taille : de nouveaux défis professionnels et un mari qui quitte le domicile conjugal. Cécile, plongée dans le coma, écrit des lettres mentales à Alice, dont elle espère la visite.

L’histoire de cette amitié qui s’effiloche, achoppe sur des non-dits et des secrets maladroits et s’éteint lentement, mêle les époques autant qu’elle croise les deux points de  vue. Le récit saute de l’enfance à l’époque présente, bondit d’un moment de l’adolescence à un autre, enjambe les années, revient en arrière, sans que le lecteur puisse se perdre. Les sentiments qui unissent les deux héroïnes servent de fil d’Ariane dans ce labyrinthe chronologique. On bondit de l’enthousiasme juvénile aux déceptions de l’âge adulte, à l’amertume parfois, aux craintes idiotes de la jeunesse. Peu à peu néanmoins il devient évident que le propos de ce roman ne laisse guère de place à l’optimisme. L’amitié inconditionnelle est l’apanage des jeunes filles. Elle résiste comme elle peut aux assauts des responsabilités familiales et des obligations sociales, et finit par céder quand la confiance s’étiole. Les êtres chers aux deux narratrices sont tantôt spectateurs de leur relation privilégiée, tantôt acteurs de sa décomposition. Les personnages secondaires, parents, enfants, frères et soeurs, tiennent une place centrale dans le déroulement de l’intrigue. En amitié comme en amour, l’adage « pour être heureux,vivons cachés » semble confirmé par ce roman, porté par le style toujours délicat de Kéthévane Davrichewy.

Les séparées, Kéthévane Davrichewy, 2012.

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