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couvamouràlalettreaLa tante d’Emma meurt en lui laissant sa boutique, une antique papeterie. Ses proches l’encouragent à vendre ces murs et à profiter de la somme d’argent qu’ils pourraient lui rapporter. Mais cet héritage est, aux yeux d’Emma, un signe du destin. Elle cherchait le moyen de donner un nouveau sens à sa vie et voit là l’occasion d’embrasser un projet un peu fou : ouvrir une librairie consacrée aux romans d’amour. Avec « Rêves&Sortilèges », Emma retrouve un peu de l’assurance de sa jeunesse, se lie avec d’improbables lecteurs, sait se montrer aussi ambitieuse qu’attentive aux conseils. Et surtout, elle retrouve son amour de jeunesse, Federico. Sur une idée un peu folle, les deux amoureux d’hier entament une correspondance transatlantique. Ils se remémorent les souvenirs d’autrefois, évoquent les soucis et les joies de leurs vies présentes, et osent même ébaucher des projets d’avenir.

Voici un roman singulier. Le récit à la troisième personne, dont Emma est le personnage principal, se mêle aux lettres qu’elle et Federico échangent. Ce n’est donc pas d’un roman purement épistolaire, comme il est souvent présenté à tort. Si l’histoire d’amour renaissante entre Emma et Federico tient une place essentielle, l’intrigue ne se limite pas à celle-ci. Bien plus riche, elle se déploie autour de la librairie qui se peuple, s’étend, se diversifie. Ainsi Emma renoue avec un monde dont elle vivait comme coupée, recluse dans une forme de passéisme qui la pousse de prime abord à regarder de travers Internet comme les téléphones portables. A mesure que se développe sa correspondance avec Federico, la curiosité et l’audace prennent une place croissante dans sa vie, qu’il s’agisse de composer des vitrines saisonnières, de rendre à une petite place son charme piétonnier ou d’ouvrir une auberge.

Au-delà de l’intrigue principale, les considérations et les projets de Federico au sujet de la Morgan Library de New York m’ont particulièrement intéressée. Cela tient peut-être au fait que j’ai un faible avoué pour les réalisations de Renzo Piano. Sans doute est-ce aussi parce que c’est un des éléments les plus réalistes de cette histoire très fleur bleue, qui ne peut manquer de faire se pâmer les trop nombreuses lectrices nourrissant le rêve si commun d’ouvrir une librairie-salon de thé. Et ce pourrait être le reproche à formuler pour ce roman, celui de flirter avec le conte de fée. Le retournement des dernières pages, qui laisse craindre le pire pour la romance et fait finalement triompher l’amour, est légèrement tiré par les cheveux. Etait-il absolument nécessaire de terminer par un happy end aussi mièvre et précipité ? Cela gâche un peu le plaisir que le lecteur (qui doit souvent être une lectrice…) a pris à suivre Emma et son entourage. De cette lecture, je garderai volontiers quelques moments plus drôles qu’émouvants, ainsi la vengeance de l’ex-épouse plongeant dans la baignoire les livres du mari pas assez éploré à son goût.

In extremis, ce billet ouvre ma participation au challenge amoureux organisé par L’Irrégulière, challenge pour lequel il ne me reste que trois semaines.

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Et puis aussi…

challenge-le-nez-dans-les-livresL’amour est à la lettre A, Paola Calvetti, 2009.

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