couvceuxquisaurontDans une France où la IIIe République n’a pas survécu à l’assaut des monarchistes, le savoir et les technologies modernes sont confisqués par les nantis. Comme la dynastie des Orléans, rétablie sur le trône de France en 1882, la plupart des Etats du monde sont soumis à un pouvoir aussi autoritaire qu’arbitraire. Loin des fastes de la cour de Versailles, capitale du roi Jean IV, les plus pauvres, surnommés cous noirs, n’ont pour seul horizon qu’une misère grandissante. Certains se résignent, mais d’autres, comme Jean, choisissent de braver l’interdit et apprennent à lire, à écrire, et à penser par eux-mêmes. Chez les privilégiés aussi d’aucuns ruent dans les brancards, refusant l’avenir qui leur est imposé. La jeune Clara ne parvient pas à se résoudre au mariage arrangé qui l’attend. Le hasard, ou le destin, fait se rencontrer ces deux adolescents que tout semble opposer. Leurs idéaux, leurs espoirs d’une société plus juste se répondent. Qu’il leur est difficile pourtant de faire chemin ensemble dans un monde où tout est fait pour les séparer.

Imaginer une autre Histoire, où le XIXe siècle aurait fait basculer la France et le monde dans l’obscurantisme plutôt que dans la modernité, voilà qui faisait un programme alléchant. Faire du savoir un instrument de pouvoir, et de l’instruction un espoir, une voie d’émancipation, là est le nœud du petit monde bâti par Pierre Bordage. Quant à choisir des adolescents pour héros, rien de plus normal dans un ouvrage destiné à la jeunesse. Un grand espoir reposait dans cette lecture. Si le premier tiers du roman est prometteur, grâce à la découverte du contexte, à la peinture de l’époque comme de la société, très vite les péripéties et les rebondissements s’accumulent avec une trop grande invraisemblance pour un lecteur adulte. Les deux héros échappent, ensemble ou chacun de leur côté, à maintes chausse-trappes, pour mieux tomber de Charybde en Scylla. Ils font des rencontres aussi boulversifiantes qu’inattendues. Ils se perdent et se retrouvent dans des conditions un tantinet tirées par les cheveux. Les personnages secondaires meurent à tour de bras dès lors qu’ils deviennent dispensables. La déception gagne à mesure que se tournent les pages. D’abord emballée, prête à me jeter tête la première dans la trilogie, j’ai revu à la baisse mes impressions. Et, à moins qu’un hasard digne de ceux qui pavent ce roman ne mette entre mes mains les volumes suivants, il n’est pas certain que je m’intéresse plus avant aux aventures de Jean et Clara. Il se peut toutefois que les invraisemblances et raccourcis de l’intrigue ne gênent pas un jeune public, qui s’identifiera aux héros.

Sur la préciosité du savoir et de l’accès aux connaissances, L’école est finie a autrement su me plaire.

Ceux qui sauront, Pierre Bordage, 2008.

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