C’est un aéroport comme les autres, à une exception près. Salavador Fuensanta, balayeur de son état, consacre une partie de sa journée à bavarder avec les passagers qui attendent leur vol. Loin de négliger sa tâche principale, le vieil homme offre, à ceux qui veulent bien l’écouter, ses conseils, ses opinions et ses histoires. Capable de deviner la destination d’un voyageur, il sait aussi écouter avec attention les autres employés de l’aéroport, en particulier la séduisante vendeuse de journaux. Et tout son talent s’exprime lorsqu’il raconte des histoires aussi étranges que passionnantes, empruntées à la vie de l’aéroport comme à sa vie personnelle.

Que le lecteur qui s’attend à une longue dissertation sur la non-existence du Japon soit averti : le titre de ce roman est un leurre. Un seul chapitre, qui se fait d’ailleurs un peu attendre, est consacré à ce sujet. En revanche, ce titre introduit parfaitement le ton de l’œuvre. Les histoires de Salavador ont toutes un caractère un tantinet farfelu, à l’image de l’affirmation du titre. Chaque chapitre est une tranche de vie du héros balayeur : une rencontre, une discussion qui s’entame et une histoire. Parfois Salvador n’a pas le temps d’arriver au terme de son récit, et il le poursuit lors d’une nouvelle rencontre avec son interlocuteur. Comme le voyageur ou le collègue, le lecteur se laisse emporter par les mots de Salvador. On découvre entre autres le « pacte des aéroports », où s’éventer avec un magazine n’est plus un acte anodin. On suit les aventures d’Eduardo, parti se bâtir une vie nouvelle en Inde, ainsi que celles de Pau, aussi ambitieux qu’inventif. La modestie et la gentillesse de Salvador en font un personnage attachant. Avec humour, l’auteur met le doigt sur les obsessions et les aberrations de nos sociétés occidentales.

Un ouvrage inclassable, d’une légèreté trompeuse.

Le Japon n’existe pas, Alberto Torres-Blandina, 2009.

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