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Dans une banlieue aisée, aux maisons confortables et souvent anciennes, où se croisent des voitures de standing, se joue un drame bien caché. A l’instar de leurs homologues américaines de Wisteria Lane, Juliet, Amanda, Christine, Maisie, Solly, Stephanie et Liz dépriment dans leurs pavillons d’Arlington Park. Epouses et mères, elles partagent, hormis le voisinage, une insatisfaction générale, un malaise grandissant.

La vie de famille, même avec une certaine aisance financière, se révèlent bien moins idyllique que dans leurs rêves de jeunes filles. L’entente avec leurs maris respectifs s’est peu à peu dégradée. Les enfants ont apporté leur lot de tracas, finalement plus sensibles au quotidien que les joies et les rires. Entre garderie, école, café entre voisines et virée au centre commercial le plus proche, le morne quotidien leur pèse. Toutes ont le sentiment d’avoir laissé s’échapper leur chance, de s’être fait voler leur vie. Juliet, à laquelle sont consacrés deux chapitres, est la plus amère. Elle est persuadée que son époux est son assassin. Même son emploi de professeur lui rappelle tout ce qu’elle n’a pu réaliser. Elle s’escrime à mettre en garde ses candides élèves. Maisie aussi travaille, avec encore moins d’enthousiasme que Juliet. Elle regrette d’avoir poussé son mari à quitter Londres pour une obscure banlieue. Amanda ne se sent pas à sa place au cœur d’Arlington Park, dont elle a si longtemps rêvé. Christine ne peut s’empêcher de jalouser ses amies. Les unes et les autres s’observent, cherchent leur place dans cette microsociété autant qu’elles se cherchent elles-mêmes.

Dès les premières pages, le ton est donné. C’est sous une pluie nocturne qu’est décrit Arlington Park. Il plane sur ce roman un lourd pessimisme. L’héroïne de Rachel Cusk se sont laissées piéger dans un rôle aussi terne que déprimant, celui de la mère de famille dévouée à son mari comme à sa progéniture. Esclave de l’emploi du temps des uns et des autres autant que des conventions sociales, chacune d’elles prend conscience de la vacuité de sa vie. Certaines, comme Solly ou Juliet, osent un geste rebelle, leur rappelant qu’elles sont aussi des femmes. Mais point de révolution à l’horizon. Arlington Park est un concentré de conservatisme, où celles qui tentent de s’exprimer sont accusées d’être hargneuses. Si féminisme il y a dans ce roman, comme le promet la citation d’une critique en quatrième de couverture, il reste peu entendu, de pure forme, englué dans la résignation des différents personnages.

Une lecture à aborder certes avec un moral au beau fixe, mais d’une efficacité édifiante.

Arlington Park, Rachel Cusk, 2006.

Une lecture commune avec George, L’Or des chambres et Bianca.

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