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Dans la boîte aux lettres électronique d’un artiste en vue échoue une foule de messages, débordant le plus souvent de louanges et autres félicitations. François Vallier, talentueux pianiste à succès, ne fait pas exception. Répondre à cette masse de courrier n’est pas franchement sa tasse de thé, mais il s’y emploie régulièrement. Grâce à cette louable habitude, un post scriptum fait basculer sa vie. En indiquant qu’une de ses patientes lui a fait découvrir ses disques de Schuman, un infirmier le met sur la piste de la femme qu’il a aimée, abandonnée et perdue. Vallier laisse derrière lui carrière et vie parisienne pour tenter de retrouver Sophie et, si c’est encore possible, de se faire pardonner.

Tombée sous le charme des Heures silencieuses, je n’ai pas su résister au second roman de Gaëlle Josse, d’autant plus quand la dame, présente au Salon du Livre, y ajoute une charmante dédicace. Entre impatience et inquiétude, Nos vies désaccordées est resté quelque temps dans ma PAL. L’atmosphère confortable des vacances l’en a finalement fait sortir.

Cette fois encore, le charme a opéré. L’intrigue est délicatement ciselée, alternant entre le présent d’un Vallier fébrile et l’évocation de son passé aux côtés de Sophie. Les retours en arrière font la lumière sur le malaise et les espoirs du pianiste. Ils permettent aussi de temporiser le récit, de faire patienter le lecteur jusqu’à un dénouement qui ne cède pas à la facilité. Le plus séduisant cependant est le style de Gaëlle Josse. Elle joue à merveille avec le rythme des phrases, choisit finement ses mots. A ce qui aurait pu n’être qu’une histoire d’amour s’ajoute une réflexion sur l’art (en l’occurrence la musique), sur la manière dont il est reçu, sur ceux qui lui consacrent leur vie. La maladie et la différence s’invitent pour donner une tonalité dramatique. On se laisse emporter par ce récit hypnotique.

 Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse, 2012.

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