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Ces derniers mois, une drôle de fièvre (effet secondaire d’un travail mené en histoire de l’art) m’a gagnée. Il m’a ainsi été souvent difficile de résister à des lectures aux accents artistiques. Ce titre, croisé au gré d’une errance en librairie, n’a pas fait exception.

Né aux Pays-Bas à la fin du XIXe siècle, Han Van Meegeren passe outre les interdictions de son père et devient peintre. Si les débuts sont prometteurs, très rapidement les critiques lui reprochent de rester en marge des évolutions picturales de son temps. Van Meegeren est en effet passionné par la peinture du XVIIe siècle, et il aime à s’inspirer de ses modèles de prédilection, à commencer par Vermeer. L’éreintement répété de son travail par des critiques honnis le pousse à mettre au point une extraordinaire vengeance : il décide de réaliser des faux Vermeer destinés à tromper – et à ridiculiser -ceux qui se présentent comme des spécialistes. L’entreprise a un tel succès qu’elle berne jusqu’aux nazis pilleurs d’œuvres d’art.

Un des faux les plus connus de Van Meegeren,
« Les Disciples d’Emmaus »

Ce roman s’appuie sur des faits et des personnages réels. Le récit mêle les biographies de deux artistes qui ont marqué l’histoire de l’art, quoique pour des raisons fort différentes. Han Van Meegeren fut un excellent faussaire qui est parvenu à mettre les critiques d’art en défaut. Grâce à un travail aussi technique qu’artistique, nombre de ses toiles ont été acceptées comme d’authentiques Vermeer, et achetés par des musées comme par des collectionneurs. L’auteur s’attarde sur les recherches menées par Van Meegeren pour que l’aspect de la toile autant que la qualité de la peinture donnent l’illusion parfaite de dater du XVIIe siècle. Il montre aussi comment ces faux ont donné lieu à une étonnante polémique, où certains spécialistes se sont efforcés de démontrer qu’ils étaient de véritables œuvres de Vermeer. Le maître du XVIIe siècle tient une place essentielle dans le roman. Non seulement sa vie y est narrée avec beaucoup de précision, mais il est aussi question de son influence, en particulier sur la littérature. Un chapitre entier est par exemple consacré à la place de Vermeer dans les écrits de Proust, au façonnage du personnage de Bergotte.

La double vie de Vermeer regorge d’informations, historiques et artistiques. C’est une lecture patiente qu’appelle ce roman, un stylo et une tasse de thé à portée de main.

La double vie de Vermeer, Luigi Guarnieri, 2004.

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