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Au cours du Moyen Age, bien des royaumes européens ont chassé les Juifs de leur territoire. La République de Venise s’y est refusée, préférant les confiner dans un quartier, le ghetto. Malgré les multiples atouts de cette population, méfiance et préjugés restent de mise. Et, quand, en avril 1575, le corps d’un enfant est retrouvé vidé de son sang, les regards se tournent naturellement vers le ghetto. Les autorités sont partagées entre l’urgence de rétablir l’ordre public et la nécessité de ménager les juifs pour préserver les relations commerciales avec la Sublime Porte. Rachel da Modena, héroïne pleine de fougue, se met en tête de démasquer l’assassin pour éviter que ses coreligionnaires ne soient victimes de représailles. C’est donc elle que suit le lecteur, au cœur du ghetto, mais aussi dans le secret des palais proches du pouvoir.

Présenté comme la descendante d’une héroïne antérieure de l’auteur (Rachel Mayerson, dans L’Etoile du Temple), le personnage de Rachel fait preuve d’une audace surprenante pour une jeune fille de la fin du XVIe siècle. C’est à ce prix (certes contestable) qu’il est possible d’utiliser pleinement Venise comme décor de l’intrigue. L’exploration de la ville, comme celle des mœurs de ses dirigeants, est tout à fait satisfaisante, manifestement bien documentée. Le récit en revanche pêche par manque de cohérence. Les deux premiers tiers de l’histoire sont concentrés sur l’enquête menée parallèlement par les autorités et la jeune héroïne. On s’y laisse prendre, et on attend le dénouement. Puis survient la peste, qui donne l’impression d’entrer dans un récit différent. Il s’agit d’une péripétie destinée à amener le dénouement politique de l’intrigue, mais qui nuit aussi à l’atmosphère jusque là bien construite. On pourrait aussi suspecter une volonté d’exploiter à tout prix un pan des recherches menées par l’auteur. Quoi qu’il en soit, le rythme du roman est brisé, tout comme l’enthousiasme du lecteur.

Le sang de Venise, Maud Tabachnik, 2000.

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