Entre mer et montagne, au cœur de la campagne irlandaise, se dresse la demeure de la famille Bird, Silverue. Sous le soleil de juin, la maison se prépare à des retrouvailles. Avec Eliza Blundel, une vieille amie, qui s’en vient passer quelque temps auprès d’eux. Et surtout avec John, le fils aîné de la famille, de retour après un séjour en maison de repos. Les Bird se réjouissent de l’arrivée de John autant qu’ils la craignent. La présence d’Eliza est ainsi censée faire diversion et détendre les membres peu ordinaires de cette famille. Lady Olivia Bird, essentiellement préoccupée de préserver à la fois son apparente jeunesse et l’éclat de son jardin, manque souvent de tact avec ses enfants. Sir Julian Bird est un homme taiseux, dont le souci principal est de satisfaire les caprices de son épouse. Entre John, qui peine à se remettre, et Mark, jeune garçon au caractère bien affirmé, vient Sheena, aussi dynamique qu’amoureuse. Grâce à la présence d’Eliza, l’équilibre précaire parvient à résister aux tourments familiaux et sentimentaux, quitte à mettre en péril de fragiles serments.

Le succès des romans britanniques tient à un assemblage subtil de quelques éléments, à savoir une atmosphère, un ton et un décor marqué par le temps. Quand vient s’ajouter une intrigue bien ficelée, on tient un bon moment de lecture. Molly Keane est presque parvenue à l’équilibre idéal avec ce roman, mais l’histoire manque d’un je-ne-sais-quoi pour véritablement séduire le lecteur. Le récit est baigné de mélancolie, mâtinée tout à la fois de fatalisme et d’espoir. Les personnages parviennent, grâce à un soupçon d’ironie, à échapper aux stéréotypes, mais il est difficile de s’attacher à eux. Eliza, la plus complexe de tous, a le recul nécessaire pour prendre conscience du malaise qui englue cette famille. Elle est la seule aussi à avoir la force et la volonté de ne pas se contenter de ce qui est, de construire ce qui pourrait être. Sans elle, point d’intrigue. En dépit de l’intérêt que peut avoir un tableau de la haute-société anglo-irlandaise (même brossé avec soin), il ne saurait suffire à tenir en haleine le lecteur. Ce roman se lit d’ailleurs avec une facilité déconcertante, mais il risque aussi de s’oublier rapidement.

Fragiles serments, Molly Keane, 2012 pour la traduction française (publié pour la première fois en 1935, sous le nom de M.J. Farrell).

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