Malgré le concert de louanges qu’a suscitées ce roman, dans la presse comme chez mes camarades blogueuses, j’hésitais. A plusieurs occasions, je l’ai pris en main, retourné, et reposé, même lorsqu’il était à prix réduit chez Gibert. C’est finalement en le découvrant à la médiathèque que les tergiversations ont pris fin.

La liste d’envies, c’est celle de Jocelyne Guerbette qui, à quarante sept ans, fait le point sur sa vie. Mariée jeune, un peu précipitamment, elle vit à Arras en épouse discrète, partagée entre son foyer et sa mercerie. D’un côté, un mari bourru, qui a perdu de sa superbe, et, de l’autre, des clientes qui se font plus rares. Pour égayer l’ensemble, il y a bien les voisines, des jumelles coiffeuses toujours prêtes à s’amuser. Et puis aussi le blog consacré aux travaux d’aiguilles que Jo a ouvert pour mieux faire connaître ces arts créatifs un peu délaissés. Une vie tranquille en somme, où les souvenirs heureux se mêlent aux regrets et aux chagrins. Cette vie, Jo s’y accroche, même quand elle gagne le gros lot au loto. Plusieurs millions, qui permettraient d’améliorer le quotidien de ceux qu’elle aime. Elle hésite, craignant que cet argent, incapable d’acheter ce qu’elle souhaite vraiment, ne lui fasse perdre ce qu’elle a mis si longtemps à construire.

En refermant ce roman, qui se lit d’ailleurs avec beaucoup de facilité, subsiste un goût d’inachevé. On passe certes un bon moment en compagnie de Jo, de ses amies délurées et de sa famille aux défauts si banals. Elle est émouvante, cette héroïne qui a traversé tant d’épreuves en s’efforçant de garder la tête haute. L’intrigue est suffisamment bien construite pour qu’on s’inquiète de son sort, qu’on s’interroge sur le devenir de ce gain au loto. Tout s’enchaîne gentiment, laissant affleurer de temps à autre une petite réflexion sur la société contemporaine (la famille, la maladie, les attraits de la consommation, le rôle d’Internet…). Mais tout y est trop lisse, même le coup de tonnerre, attendu, qui ébranle les certitudes et les rêves de Jo. Rien n’est vraiment surprenant. Les personnages ont un air si familier qu’ils flirtent avec la caricature. Ici et là, quelques éléments singuliers viennent battre en brèche la vraisemblance du propos (le salaire du mari, par exemple – plus de 2 000 euros pour un ouvrier !).

Si l’on passe un moment plutôt agréable avec ce roman, il est difficile d’en faire un chef-d’œuvre. Il manque les aspérités qui ralentissent la lecture, accrochent le lecteur et lui donnent du grain à moudre une fois la dernière page tournée.

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, 2012.

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