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Les vacances sont toujours l’occasion d’explorer sa PAL et d’en extraire quelque titre passé aux oubliettes. Au moment de la sortie en poche de ce roman policier, je m’étais laissée emporter par l’enthousiasme de certaines blogueuses. Et en ce juillet pluvieux, je lui ai enfin donné sa chance.

A la mort de son père, Luca, Jon Campelli hérite de la librairie paternelle. Il n’a guère l’intention de reprendre le commerce d’un homme qui l’a confié à une famille d’accueil une vingtaine d’années auparavant. Mais l’associé du libraire éclaire Jon sur les activités de son père, et lui fait prendre conscience du don que se transmettent les hommes de sa famille. Comme Luca, il est un lettore, à savoir une personne capable d’influencer l’opinion de ceux qui l’écoutent lire. Les personnes douées de cette étrange capacité sont réunies dans une société secrète, dont les membres, comme Luca, sont assassinés. Mettant de côté sa carrière d’avocat, Jon décide d’enquêter sur les circonstances de la mort de son père. Ce faisant, il se heurte à un groupe concurrent de lettore, qui utilisent leurs dons à des fins peu honorables.

Quelle déception que ce roman ! Les éléments étaient pourtant réunis pour susciter la curiosité du lecteur. Très vite l’intrigue se révèle cousue du fil blanc. Les tentatives pour créer un semblant de suspense ou pour insérer des rebondissements tombent toutes à plat. Un lecteur attentif ne peut que deviner à l’avance ce qui va se produire tant tout est balisé. Quant aux personnages, ils manquent cruellement de profondeur et sont souvent stéréotypés, lorsqu’ils ne sont pas bancals. Celui de Muhammed est par exemple peu cohérent. Présenté comme un jeune Turc, ce personnage se trouve tout à fait à son aise quand l’intrigue se déplace en Egypte, pays de civilisation arabe. Non seulement turc et arabe sont deux langues différentes, mais les deux peuples ne sont pas connus pour s’entendre comme larrons en foire. Jon, le héros, est un avocat qui se révèle d’une naïveté confondante et qui ne s’émeut guère d’être renvoyé du cabinet pour lequel il travaillait, alors qu’il est introduit comme une personne très heureuse d’exercer son métier. Son histoire d’amour avec la jeune Katherina est aussi caricaturale que dispensable. Et ne parlons pas du dénouement, précipité, comme souvent, et un tantinet inachevé. Si l’idée de départ n’est pas inintéressante, on a le sentiment que l’auteur n’est pas allé jusqu’au bout de ses idées, qu’il est resté à la surface, sans chercher à donner la vraisemblance et la cohérence nécessaires à ce type de roman.

 La Librairie des Ombres, Mikkel Birkegaard, 2007.

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