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Pour échapper à la pluie, le narrateur se réfugie dans un café. A peine s’est-il installé qu’une impression de déjà-vu s’impose à lui. Au prix de quelques efforts, il réalise qu’il se trouve au café Gluck, qu’il fréquenta pendant sa jeunesse étudiante. Car en ce lieu se tenait le bouquiniste Mendel. L’homme avait une extraordinaire mémoire des titres et était imbattable quand il s’agissait de mettre la main sur une édition rare. N’apercevant nulle trace de l’homme, il interroge les employés et finit par découvrir quel tragique destin fut celui du bouquiniste.

Il suffit d’une cinquantaine de pages pour que s’exprime le talent de Stefan Zweig. L’atmosphère viennoise du début du début du XXe siècle est rendue avec précision, sans détail inutile. La particularité du personnage central comme le drame qu’il vit sans vraiment le comprendre occupent pleinement un récit d’une étonnante densité. La bêtise des administrations que se sont inventées les hommes est sans appel. La fragilité de l’être humain, quelles que soient ses compétences, se mesure à la capacité d’oubli de ses congénères. Ce court texte en revanche donne à réfléchir, et laisse une trace indélébile dans l’esprit de son lecteur. Il a aussi éveillé une irrépressible envie de me plonger dans la biographie de l’auteur écrite par Dominique Bona (dont le travail sur Berthe Morisot m’a plus que convaincue).

Le bouquiniste Mendel, Stefan Zweig, 1920 (première parution dans le recueil Angst).

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